Avoir une réflexion sur la société de consommation c'est bien. Essayer de prendre du recul, de s'arrêter cinq minutes sur le bord du chemin pour mieux cerner la situation, c'est chouette. Mais se servir de la cause anti-pub, par exemple, pour s'imaginer faire parti des Justes, et devenir un donneur de leçon, c'est lourd, proférer sans cesse des sentences cyniques, c'est de la paresse intellectuelle. On retombe dans l'excès inverse: si la publicité nous prend très souvent pour des cons, il arrive aussi que ceux qui sont censé nous fournir un discours différent (comme certains anti-pubs) fassent de même. Par une illumination soudaine, certains ont trouvé là une cause à défendre et s'estime sur le chemin de la Vérité, on entend même clamer ici où là le mot « liberté », comme si éteindre sa télé faisait tout à coup de nous des hommes libres. On est toujours le mouton de quelqu'un d'autre! Le discours consistant à expliquer aux gens qu'ils sont des moutons est vite rébarbatif et demande peu d'efforts.

Les gens sont certes fatigués du harcèlement publicitaire, de la confusion de la valeur et du prix, de la marchandisation implacable de tous les domaines, mais ils en ont surtout marre qu'on les prennent pour des cons, et de constater que les soi disant bergers bienfaiteurs qui prétendent sortir la plèbe de sa fange s'avèrent une simple variante de plus d'une volonté de gratification narcissique, visant plus à la satisfaction de leur ego qu'au bien être de ceux à qui ils s'adressent. Il est usant de sentir qu'on sort à chaque fois d'un système de dominance pour entrer plus aveuglément dans un autre système de dominance. La démarche visant à faire prendre conscience des dérives économiques, et à essayer de recréer ou de conserver un espace libre pour la culture et la morale est un contrepoids indispensable aux transformations fulgurantes de nos sociétés fondées sur l'économie de marché, mais être un homme libre, c'est bien plus que se lever de son canapé pour éteindre son téléviseur, c'est bien plus que lutter contre la société de consommation de masse et ses promesses illusoires. En admettant que l'homme soit effectivement capable d'atteindre cet idéal de liberté, ce qui me paraît très optimiste. Mais au moins doit-il essayer d'y tendre autant qu'il le peut. Et sa première mission pour arriver à cela, c'est arrêter de cacher des motivations personnelles derrières des grands discours, et qui ne sont la plupart du temps qu' un prétexte pour satisfaire un besoin de domination et conjurer sa propre impuissance (source de stress voire de mal être étant donné le fonctionnement biologique de notre cerveau) en reproduisant sur autrui le schéma de domination duquel on est soi même victime. En d'autres termes, si on se sent pris pour un con, il faut trouver le moyen de prendre les autres pour des cons. Question d'équilibre mental. La première tentative pour accéder à une certaine forme de liberté serait de faire ce qui est en notre pouvoir pour tâcher d'échapper à ce mécanisme.

pong