Midgard State

18 février 2007

la suite cachée du blog midgard-state preque née.

Victime certes d'une longue période d'inactivité, midgard-state n'est pourtant pas mort (même si on dirait que si, mais en fait non). Un premier projet de site est né (midgard-hills), courant 2006 sans finalement se concrétiser. Puis fin 2006 un nouveau projet de site web axé sur le RPG, le manga, l'animation, la Bande dessinnée voit le jour; et cette fois-ci le projet prend réellement forme à force de sueur, de passion et de réflexion.

SAVEPOINT.fr est donc né ou presque: vous pouvez déjà voir en ligne sa page de présentation et sa ligne éditoriale, avec le zoli design de sire killy, qui revient avec sa plume plus en verve  que jamais. Dès le 21 février, vous pourrez le découvrir dans sa première version fonctionnelle (avec un joli forum et un joli design SVP), je ne manquerais pas de rajouter un papier ici ce jour là.


http://www.savepoint.fr

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07 janvier 2006

Une presque histoire de violence

histaffPoussant le message véhiculé par l’image dans des retranchements que l’on pourrait qualifier de par delà le bien et le mal, Cronenberg cherche sempiternellement la perte, la dissolution dans un doute coupable. Comment de fait appréhender ses messages, saisir l’importance de son questionnement ? Doit-on se laisser aller à une lecture séparée de ses artifices ou bien se plonger dans le ressenti ? Voilà la réelle difficulté qui se pose lors de l’expérience A History Of Violence, hésitant entre mise en abîme ironique et vacuité désarmante. S’ouvrant sur un long plan séquence fascinant, le film du réalisateur canadien pose avec tact une sorte de voile pesant, habile mise en place d’une tension opaque qui ne demande qu’à éclater. Néanmoins, et malgré l’arrivé impromptu d’un indice sanglant quant au futur propos, cet état de paix trompeur s’étire au gré de la description de la vie de Tom Stall. Père de famille typique et quelque peu désabusé, ce dernier se contente de sa sphère familiale passionnée transpercée de journées de travail joyeusement mornes. Un amas de certitudes pleines qui éclate bruyamment lors de l’entrée en scène de deux tueurs particulièrement sauvages décidés à empiéter sur la tranquillité de Tom. Exécutant froidement cette double menace avec une maîtrise dérangeante, le serveur apathique devient rapidement un super héros local auréolé d’un respect construit de toutes pièces par les médias. Projeté malgré lui dans une dimension créatrice de personnalité il va dès lors appartenir à sa popularité et subir les conséquences de son accès de fureur. C’est en ce sens que A History Of Violence opère sa première percée dans sa critique insolente du mode de vie américain placée sur deux axes, à savoir la banalisation de la violence et la conservation d’un idéal de vie sociale par tous les moyens. Visages décharnés et inhumains se succèdent au gré de gros plans hurlant leurs propres relents macabres et chirurgicaux. Un souci de démonstration trébuchante, malsaine émane de ces flashes coups de poing , qui ne peuvent pourtant pas se résumer à la fascination de Cronenberg pour la chair et la monstruosité dans l’humain. Le ridicule fait également partie de ce bal mortuaire, relayé par la galerie édifiante de figures animées maladroitement d’articulations peu fiables et de spasmes grotesques. Jusqu’au cliché assumé de l’homme mystérieux à la cicatrice et l’œil de verre, incarné ici par un Ed Harris au calme imposant.

histbarSourd combat d’un père désireux de sauvegarder ses acquis, le film projette en toile de fond le témoignage clair d’une société fondée sur une histoire violente. Jouant sur les mots entre la vision littérale de son titre et sa forme plus éloignée pour les spectateurs francophones (A History Of Violence est une expression signifiant un passé trouble), le réalisateur dévoile une construction de la quiétude sociétale nécessitant le recours à une forme de brutalité. Celle-ci marquant par là même au fer rouge l’édification de la nation américaine. Le recours à la violence est ici vu comme une rencontre difficilement évitable, voire liée à la fatalité, perdant du coup un possible aspect séduisant. Chaque acte marqué par ce sceau bestial apporte des conséquences peu enviables, aboutissant à un rejet, une peur, une perte. Cronenberg découpe des arabesques noires et blanches, bonnes et mauvaises dépassant la légitimation de l’acte combatif pour en faire une constante au creux d’une vie ne l’empêchant pas de se recréer de manière bancale. La scène finale peut de fait se voir comme l’aboutissement désiré d‘une cavalcade meurtrière, juste mais souffrant d’un manque de conviction. Cette soumission au destin distillée à travers la dualité du personnage principal reste l’une des constantes de l’œuvre du cinéaste apparaissant surtout dans La Mouche dans l’irréversibilité tristement terrifiante baignant le film, doublée ici du sentiment de reproduction inconscient, quasi génétique de cette fascination. Un glissement ténu vers le fantastique qui ne s’aventure au final que dans un cul-de-sac émotionnel et narratif, laissant de côté un fils déviant pour cheminer sur les voies peut-être plus réflexives de l’influence du récit médiatique sur le rapport à la violence, rendue secondaire, risible, voire indépendante de toute situation.

histmortrnPlus que le héros, la notion de l’héroïsme est questionnée par le passé jeté au visage de Tom. Déambulant au cœur même d’une coexistence interne, le père de famille interpelle, brise l’identification première du spectateur pour révéler un statut déstabilisant et déclencheur du basculement. Déjà ébauché sans réelle intelligence dans Incassable, le fantasme vicié du super héros prend tout son sens dans A History Of Violence, dénué d’artifices étouffant et de lourdes symboliques. Tom se découvre, retrouve sa nature dans une mutation esquissée lestement au détour d’une scène magistrale, brassant des sentiments mêlés de peur et de respect imposé à l’humain en tant qu’être. La monstruosité s’étend brutalement, recouvre les limites physiques et psychologiques de l’homme sans bruit ni transition. Une cassure nette, organique, ponctuée de magnifiques plans serrés sur une fenêtre constellée de mouches, cherchant le cadavre d’un personnage désormais disparu. La violence semble planer, se poser au gré de symboles christiques expiatoires sortant de volutes d’ombre dans une fureur rude face à laquelle Cronenberg refuse de détourner le regard. Pourtant, sous cette croûte rugueuse et passionnante se dissimule une simplicité totalement désarmante. Laissant s’enrouler jusqu’à l’essoufflement un scénario sans relief autour de dialogues étonnants de banalité, A History Of Violence semble désirer se couper de toute communication avec le spectateur.

Malgré une idée de départ forte et une démonstration stupéfiante de maîtrise au niveau de la réalisation, le film peine à « emporter » le public avec lui. Saisissant, certes, captivant peut-être, il reste tout de même très extérieur, se moquant des tentatives désespérées de décryptage actif. Dépositaire d’une « seconde partie » (le voyage à Philadelphie) perdant en quelques scènes la saleté fascinante et angoissante pour la remplacer par un passage éclair à travers un mur de répliques insignifiantes et de non-dits assez pesants et prévisibles, le film de Cronenberg se perd dans sa propre sobriété de fond. Une œuvre schizophrénique se dessine alors petit à petit, nous laissant face à ce même questionnement : Une complaisance dans la facilité avec comme justification intellectuelle de possibles pistes masquées s’adressant à une réflexion qui n’a peut-être pas lieu d’être ou bien une plongée démoniaque et tétanisante dans une critique acerbe de sa propre existence et de la société ? La réponse est sans doute dans cette espèce d’incapacité à avoir su concevoir un récit « acteur ». A History Of Violence est un film surprenant, terrifiant, parfois génial mais qui ne parvient pas à trouver des bases suffisantes pour faire tenir son propos labyrinthique, auréolé de carences de construction profondes.


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13 avril 2005

Big Brother is watching you forever

sans_titre_1_copie  Récemment, le monde du divertissement vidéoludique a été soumis à une véritable atteinte à son intégrité même et par delà cet épisode, à celle de ses utilisateurs. Tout a commencé avec un projet du Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs, alias le SELL, permettant soi-disant de lutter contre le piratage de produits multimédia à vocation de divertissement pour la plupart. Ce dernier, dans sa volonté visiblement sans mesure d’afficher un statut de grand ordonnateur imposant des choix et des moyens de répression disproportionnés, décide d’inclure dans chaque logiciel une sorte de pisteur permettant de remonter jusqu'à la personne en faute tout en la fichant dans une base de données interne afin de se constituer une sorte de fichier de "pirates". Un moyen de "filature" qui pourrait d'ailleurs s'étendre dans le cas des utilisateurs de Peer to Peer qui seraient immédiatement listés dès leur entrée sur l'un ou l'autre des serveurs permettant ces échanges de données, qui n'ont rien d'illégaux dans l'absolu. Ce projet est donc actuellement en pourparlers et ne requiert donc plus que l'aval de la CNIL pour rentrer en vigueur, espérons-le au regard de tous, et non pas sous le couvert des congés estivaux, comme ce fut le cas en 2004. Mais avant de poursuivre, une explication s'impose sur ce qu'est la CNIL, son statut, ses pouvoirs et l'origine de sa création. Ce que l'on peut dire pour introduire ce petit historique, c'est que les liaisons entre informatique, liberté et égalité n'ont pas été toujours en accord avec les droits de l'homme à une propriété personnelle et équivalente. En fait, la gestation de la CNIL fait suite à un projet instauré par le gouvernement français en 1974, et nommé (sans doute ironiquement) SAFARI, pour Système Automatisé pour les Fichiers Administratifs et le Répertoire des Individus.

Le Ministère de l'Intérieur, alors dirigé par Jacques Chirac, souhaite en résumé créer un identifiant général, commun, et unique, dans le but de permettre une connexion parfaite entre l'ensemble des informations administratives au sein d'un fichier central. Un projet, qui sous des airs de simplification du traitement des fiches personnelles, cache une atteinte clairement définie au droit à la personne de disposer d'elle-même. En effet, l'identifiant unique précité, prendrait la forme du numéro NIR (ou INSEE), garantissant selon les dires de l'époque, un total anonymat dans l'approche à l'administration. Dans l'absolu, ce système aurait pu fonctionner convenablement, et amenuiser le temps d'examen d'un dossier, si seulement ce chiffre n'était pas soumis à une telle transparence. Effectivement, il est relativement aisé de déduire de ce dernier l'état civil d'une personne donnée et d'avoir ainsi accès à des renseignements privés permettant d'une part des recoupements dommageables entre les diverses instances de l'Etat (fiches d'impôts, du Ministère du travail, etc...), et d'autre part un fichage des citoyens malsain et forcément réducteur. Les vives réactions face à cette proposition de fonctionnement décolèrent en fait plus de la mémoire encore fraîche de fais historiques détestables que d'une réelle compréhension de fond de ce que ce dernier impliquait concrètement. De nombreuses personnes se souvenaient de l'utilisation imposante d'un système de "regroupement" similaire dans les rangs de la Gestapo, et de la façon détournée mise en place durant la Seconde Guerre Mondiale en rapport avec le NIR, devenant l'outil principal de recherche des familles juives de France.

Le projet fut donc avorté, et donna naissance à la CNIL, oeuvrant dans le sens de la loi Informatique et Liberté, ratifiée en 1978 et garantissant les citoyens contre une main-mise totale de l'Etat sur des informations à caractère privé. De plus, cette loi posa les bases de l'obligation pour  les fichiers policiers à transiter par la CNIL, afin que cette instance opère une vérification des données contenues dans ces derniers, dans le but d'empêcher toute utilisation d'un fichage via le NIR, et d'éviter une atteinte flagrante au droit à la liberté. Véritable pierre de voûte d'un système de renseignement moins agressif, cette loi va se voir modifiée par quelques amendement décidés en 1981. Mais avant de poursuivre cette réflexion il demeure bon de signaler que la loi de 1978 ne s’applique qu’aux interventions de l’Etat, qui ne peuvent être mise en place qu’après le vote d’une loi ou d’un acte réglementaire. Les autres traitements ne nécessitent qu’une seule déclaration. Donc, via les adjonctions de 1981 (votées par le Conseil de L’Europe et nommées sous l’appellation de directive 108), la loi de 1978 se voit évoluer dans trois domaines précis. Tout d’abord, le traitement des données peut désormais s’effectuer non seulement sur les fichiers publics, mais aussi sur ceux privés. Deuxièmement, elle autorise la circulation de ces mêmes données au sein des contrées signataires, dans la limite de celles respectueuses des Droits de l’Homme, et troisièmement elle permet le transfert de ces fiches au-delà de la communauté européenne, selon les restrictions évoquées ci-dessus, si tant est que les pays en question ratifient la loi.

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Une expansion intéressante de la législation de ce fait, qui permet d’entreprendre une attention avisée et respectueuse des données personnelles de chaque citoyen des nations en accord avec ce principe. Une grande instance internationale garante d’un droit au regard des personnes sur leur statut au sein de la société. Néanmoins, les moyens de communication ne cessent d’évoluer et prennent maintenant une forme quasi-incontrôlable pour l’époque, et surtout laissant bien en arrière la loi de 1978, peu armée pour lutter contre l’apparition des groupes commerciaux dans le jeu du stockage des données personnelles. Via l’instrumentalisation d’Internet, ces derniers peuvent réunir très aisément la description plus ou moins précise de chaque individu, simplement en regroupant les « fiches d’identité » remplies sur de nombreux sites marchands ou dépendant d’organismes  fort immergés dans la connaissance poussée de leurs visiteurs, voire clients dans le cas précédent. On se trouve alors rapidement devant une sorte de vide juridique, aboutissant à une collecte sans vergogne d’une sorte d’état des lieux général et au niveau de l’homme en lui-même encore d’actualité ces temps-ci. Comment supporter cette angoisse d’un anonymat impossible et d’une implication forcée au sein d’une société à laquelle le degré d’adhérence est plus ou moins poussé ? Comment accepter d’être contacté par des organismes sans jamais avoir eu de contact direct avec ces derniers, donnant lieu à une paranoïa du mercantilisme actif, et par extension à une espèce d’impuissance a posteriori ? Comment se sortir d’une toile où chaque action d’une volonté personnelle de participation se meut en une arborescence d’entraves invisibles et inconscientes ? Un début de réponse fut donné en 1995 avec une nouvelle évolution de la loi de 1978, désormais obsolète.

Cette directive permet en résumé de remettre d’actualité la mise en place du flux trans-européen des fichiers tout en y apposant une législation commune et l’application d’un droit national. Toutefois, cette directive, contrairement à la précédente, ne s’applique qu’à l’UE, et les pays membres se voient dans l’obligation d’appliquer cette législation au sein de la leur propre, dans un délai de trois ans maximum. Ce qui ne sera pas du tout le cas en France, loin de là. Par ailleurs, et maintenant que la création de la CNIL en elle-même est légèrement éclairci, il reste à admirer son évolution, ou plutôt la lente décrépitude de ses pouvoirs. En effet, d’instance de contrôle et de sécurité de la personne, elle va se muer en un simple contrôleur sans poids à opposer. En 1998 donc, le gouvernement français charge Guy Braibant de construire un rapport sur l’application de la législation au niveau national, qui sera rendu au début du printemps de la même année, tout en sachant que le délai maximal de transposition s’avère d’ors et déjà dépassé. Faisant fi des restrictions européennes, la France (qui se verra menacer de graves sanctions par la Commission Européenne) mettra à la vu de tous ce projet en 1999, lors d’une université d’été où se trouvait Lionel Jospin, qui se nommera Loi sur la Société de l’Information. Spécialement destinée au transit des informations sur le net, cette dernière traite également du problème des données individuelles en souhaitant en augmenter la protection. Tout le monde pouvait de ce fait penser à l’apparition, enfin, de la directive de 1995 au sein de la légalisation française. Dans le même ordre d’idées, le premier ministre annonça la prochaine émission de cette loi, acte nécessaire à une compréhension globale des intérêts qu’elle véhicule.

Effectivement, il demeure logique d’avoir connaissance de modifications profondes dans le droit d’un tiers à disposer des  ressources personnelles d’autrui. Pouvoir appréhender les limitations et la nature des données prélevées, ainsi que les possibilités d’accès à ses propres fichiers. Entre parenthèse, cela reste encore relativement paradoxal de devoir formuler ce genre de propos, impliquant une dissimulation de bribes d’une existence propre et que (cela s’entend) l’on vit en ce moment même. Demander d’accéder à une partie de nous-même, dans une sorte de réflexion interne externalisée, se rapprochant d’une sorte de schizophrénie  matérielle. Réellement troublant et particulièrement pervers, dans un constat de main-mise sur une identité que l’on croit personnelle. Pourtant rien de très clair ne fut divulgué de ce projet de loi. Pire, alors que des discussions s’engageaient entre des associations et des instances de l’Etat sur la forme et le fond, en survol, du simple plan, le texte fondateur se trouvait déjà dans les bureaux du premier ministre. Certaines priorités y étaient  même déjà discutées. En 2000, un second avant-projet de loi est mis en forme, controversé par des associations montrant du doigt l’un des principes de la loi mettant davantage en avant le contrôle a posteriori du traitement à la place d’une déclaration préalable. Une espèce de : « On verra quand ça sera fait, et on essaiera d’y remédier si on peut et si on a le temps », pour caricaturer. Le 18 Juillet 2001, le projet de loi final se voit présenté devant le Conseil des Ministres, soit trois années après la limite légale de transposition demandée par le Conseil Européen, et adopté. Mais c’est à partir de Juillet 2004, que cette législation va connaître son remaniement le plus surprenant.

Pour résumer et jusqu’à maintenant, chaque fichier administratif quel qu’il soit était soumis à une vérification de la CNIL, qui était chargé de donner, ou non, son aval en rapport avec ce que contenait ce dernier. A ce moment précis, seul un décret, en accord toujours avec la CNIL , pouvait outrepasser cette limitation. On se trouvait donc face à un instance forte et obligatoirement consultée. Mais désormais, l’accès à un fichier ne sera dépendant que d’une déclaration, sans passage forcé par la CNIL, même si cette dernière aura toujours le dernier mot concernant des sujets relatifs aux origines raciales, aux opinions religieuses, etc… Un pouvoir de paille, quand on s’aperçoit que cette ultime vérification peut se voir annihiler par les données dites de « souveraineté nationale ». Ces dernières regroupent en fait tout ce qui a trait à la sécurité de l’Etat, à la défense, ou au numéro NIR. De même elles incluent les fichiers portant sur la quasi totalité de la population (fichiers généraux). On peut donc facilement inclure des obédiences religieuses dans ce créneau, surtout après le 11 Septembre, raciales pour une raison analogue, et jouer sur les termes pour s’approprier aisément les renseignements souhaités. Surtout que ces quelques bribes de vie ne sont de ce fait pas concernés par les restrictions de la CNIL et s’avèrent seulement soumises à un droit de déclaration de celle-ci. L’organe de vérification et de garantie de la liberté et de l’égalité devient donc un observateur qui n’a le droit que de crier son indignation sans être entendu.

D’autre part, celui-ci perd dans la foulée la capacité de, je cite : « permettre à la CNIL d’ordonner la destruction de traitements » logiquement en infraction vis à vis de la loi. Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser un gouvernement à rendre si poreuse un grand office de réglementation ? Le fichier policier STIC n’y est pas étranger. Système de Traitement des Infractions Constatées, ce dernier a été « «légalisé » et rendu public à la surprise générale il y a peu de temps. Déjà en place depuis quelques années, celui-ci comprend une trace de chaque personne qui s’est vu un jour signalée aux services de police, et considérée à partir de cet instant comme accusé potentiel. Ces données présentent de nombreuses et honteuses atteintes aux droits de l’homme et du citoyen, et en priorité la présomption d’innocence. De même, le droit à la réhabilitation semble sur une pente plus que glissante. Comment fonder une société si son nom figure dans ce registre froid et peu réflexif ? On se trouve du coup face à un immense problème de fichage sauvage et quasiment autoritaire, qui  a d’ailleurs aboutit à une tentative de légalisation discrète afin de ne pas trop faire de remous dans une opinion générale qui commençait à émettre de grandes réserves. Un essai de mise en conformité tellement laborieux, que la France s’est vue dans l’obligation intéressée de modifier un « «tant soit peu » la CNIL, afin de ne pas trop interférer avec cette petite « chasse gardée » que représente le fichier STIC.

On pouvait de ce fait se dire que, comme évoqué plus en amont, que la nouvelle attribution de la CNIL concernant sa consultation obligatoire dans le cas des « fichiers sensibles » ou comportant des données « relatives aux infractions ou aux condamnations » pourrait museler le fichier STIC, mais c’était sans prendre en compte les données de « sûreté nationale » et portant encore une fois sur la quasi totalité de la population. Supprimer « l’exigence d’une autorisation de la CNIL pour les traitements portant sur la totalité ou de la quasi-totalité de la population, le critère quantitatif n’apparaissant pas pertinent pour apprécier la dangerosité d’un traitement ». Le STIC fonctionne donc désormais sans aucune limitation des instances affiliées à cette tâche et peut continuer à puiser dans son stock de données périmées et gangrenées par des erreurs et des fiches obsolètes . En effet, devant la demande toujours plus importante de consultation des fichiers policiers, la CNIL a pu, à partir de 2002, se rendre compte que 37 % des fichiers STIC s’avéraient erronés, ou pire, non justifiés. Les suspects, victimes (effarant), et accusés sont donc intégrés dans ce marasme à destination de la police, de la gendarmerie, des Renseignements Généraux, etc… En gros 10 % de la population pourrait être fichée. La CNIL perd donc ses pouvoirs et se voit contrainte à regarder avec dépit la mise en place de fichiers d’ « auteurs présumés d'infraction ». Et comme par hasard, la nouvelle loi informatique et liberté donne un délai de 6 ans (donc jusqu’en 2010) aux instances judiciaires pour remettre à jour leurs fichiers afin qu’ils deviennent tout de même « adéquats, pertinents, exacts, complets et, si nécessaire, mis à jour ». Reste à savoir si ensuite, la surveillance et le contrôle seront suffisants pour permettre de vérifier la bonne tenue de ces derniers. Mais ce que l’on peut retenir de ce constat, c’est que outre le fait de classer, sans aucun respect des droits fondamentaux de l’être humain en général, la majeure partie de la population, il apparaît un côté arbitraire quasiment total autorisant les incompréhensions les plus coupables et une sorte de main basse sur la qualité de vie de chacun. Pour l’exemple, même certains régimes totalitaires n’ont pas un accès aussi déséquilibré et obscur d’une part et aussi systématique d’autre part. Je ne souhaite pas expérimenter une attaque directe et non fondée, juste mettre à la vue d’un intérêt commun l’espèce de mauvaise foi inhérente à cette manière de fonctionner. Entreprendre la collecte « masquée » de fichiers personnels et ne pas en vérifier la véracité forme un tout dont chacune des parties dépasse les limitations imposées par le droit de la personne à disposer d’elle-même dans un contexte sociétal donné. En retirant la prise en main d’une partie de soi ou du moins de son image incluse dans le groupe, on annihile la circulation libre et désenclavée. Ce qui s’apparente à une forme de surveillance active, ayant du mal à coller avec le principe même de la démocratie.

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Pour en revenir à l’évolution de la Loi Informatique et Liberté, que j’ai évoqué en amont, il faut se rendre au 15 Juillet 2004, date à laquelle est présenté un nouveau projet de loi, recentrant les nouvelles activités de la CNIL, et de la législation sur le traitement des données en général. En substance, la « rénovation » concerne une certaine impunité de l’Etat face aux possibles exactions commises par ce dernier à l’encontre des principes même de liberté et d’égalité, au travers du fichage relativement systématique des données personnelles.  D’autre part, elle permet de mettre en place l’accession à l’ensemble des fichiers impliquant une majeure partie de la population, à l’image de la carte d’identité électronique, tout en autorisant la protection des fichiers policiers (jusqu’en 2010 donc), et en masquant le fait que certains sont tout bonnement inacceptables législativement parlant. Pour tenter de justifier cette déchéance des principes premiers de la loi, la France a tout bonnement évoqué le fait que ce projet n’était autre que la transposition de la loi de 1995 au niveau national, qui revêt de ce fait une aura d’obligation. Une excuse judicieuse, allant, dans la forme, vers le sens décidé par le Conseil Européen. Néanmoins, je n’évoque que le côté impératif d’application de la directive, et non pas de ce qu’elle contient, jamais évoqué dans le projet de 1995. De ce fait, le gouvernement français passe outre le fait qu’il aurait été logique de faire coïncider la loi de 1995 au niveau européen avec celles de 1999 et 2001, ce qui semblait pourtant le cas. Celui-ci s’est donc servi de la non-application de la directive de 95 pour la réinsérer dans un plan bancal d’un point de vue démocratique, le rendant ainsi assurément envisageable, à la vue du retard conséquent qu’avait déjà pris la transposition, à savoir pratiquement 7 ans. La volonté de mettre à jour a empiété sur la réflexion attentive du fond. Mais que fait la CNIL pour tenter d’enrayer ces pratiques ?

Et bien pas grand chose. Non que la volonté soit mise en défaut, mais les possibilités d’actions s’avèrent tout d’un coup plus que réduites. En effet, ce même projet de loi de juillet 2005, modifie de façon drastique les pouvoirs de la CNIL. En bref, et je citerais les mots mêmes du rapport du sénateur Alex Türk (dont j’expliquerais la fonction ci-après) qui se révèlent suffisamment évocateurs et compréhensibles. Tout d’abord, et dans les principes premiers, il est plus qu’important de permettre un fichage de « présumés suspects » par les organisations privées, à l’image de ceux de la Police : «[…] autorisé les entreprises à constituer des traitements sur les infractions dont elles ont été victimes ». Ensuite, et fort logiquement, on observe une suppression nette et précise du droit de regard légitime de la CNIL sur les données en infraction avec le code pénal : « […] supprimé la possibilité de permettre à la CNIL d’ordonner la destruction de traitements ». D’autre part, et comme évoqué tout au long de ce texte, la CNIL se voit retirer la possibilités d’interférer sur les fichiers de masse, comme l’utilisation du NIR ou des renseignements policiers en général, et ne peut plus déclencher de poursuites si l’Etat venait à enfreindre les principes d’utilisation de ces derniers. Pour continuer dans les limitations de la CNIL, cette dernière n’aura plus le droit de permettre, ou non, « les traitements de données à caractère personnel mis en oeuvre pour le compte de l’Etat et portant sur des données biométriques nécessaires à l’authentification et au contrôle de l’identité des personnes ». On ne sait donc pas dans quelle mesure ces données seront justifiées et si elles iront rejoindre le bouquet contenant les fichiers policiers et « sociaux ». De plus, et dans la continuité de l’interdiction à la CNIL de s’occuper des fichiers intéressant la sûreté national, celle-ci se voit amputer le droit de regard sur le fait que les données émanant de la Police et de la Gendarmerie « puissent être transmises à des organismes de coopération internationale en matière de police judiciaire ou à des services de police étrangers présentant un niveau de protection suffisant de la vie privée et des droits fondamentaux ».  Devant un tel désastre et un tel musellement, il est légitime d’essayer de comprendre la cause d’un tel remaniement. La réponse se trouve en la personne d’Alex Türk, qui se place d’un côté en tant que rapporteur de cette loi au Sénat, et de l’autre en tant que directeur de la CNIL. On peut donc observer que ce Sénateur Divers Droite du Nord, occupe une place pouvant favoriser une mise en place bien plus efficace d’un projet de loi tel que celui qu’il propose. Sans trop s’avancer, il est même assez évident que cette personne a coulé la CNIL de l’intérieur, sans lui donner la possibilité de se retourner et de se porter en faux contre cette atteinte aux principes mêmes de sa création. En effet, on en arrive précisément, sous la présidence de Jacques Chirac, a ce que la loi de 1978 voulait soigneusement éviter. Rappelons tout de même que cette législation de la fin des années 70 est née de la levée de boucliers consécutive au projet SAFARI de 1974, instauré par le même Jacques Chirac. Et si personne ne dit rien, c’est justement parce que mêmes « les défenseurs des libertés individuelles et de l’égalité » se rattachent à cette loi Informatique et Liberté. Pour quelle raison ? Simplement parce que cette dernière, dans son remaniement, permet de lutter efficacement contre la fraude fiscale et aux prestations sociales garante justement d’une absence de liberté d’accès à ces aides à terme et d’une certaine équité.

Quel peut alors être le pouvoir de la CNIL dans la volonté du SELL de placer un pisteur dans les produits de divertissement multimédias ? Ne pouvant que dénoncer des pratiques sans acquérir de poids limitatif imposant, la CNIL ne devrait logiquement n’avoir qu’un rôle moralisateur sans possibilité de réelle interférence. Toutefois, rien n’a encore été communiqué sur ce sujet précis et nous attendrons donc la finalité de ceci dans l’angoisse. Oui dans l’angoisse. Je ne cherche pas du tout à me la jouer «théorie du complot », mais je pense qu’il est tout de même important de savoir situer des moments durant lesquels certaines acquisitions s’avèrent annihilées et s’en inquiéter. Mais plus nous avançons, et plus le monde ressemble à la description d’Orwell dans 1984. Que ce soit au niveau des médias, ou de la politique. Je ne prône pas la peur de chaque image ou chaque révélation, mais il est intéressant d’avoir parfois un recul critique sur le flot d’informations déversés chaque jour. Ce texte est donc purement à but informatif et si possible réflexif. Je n’impose pas un avis, je propose un point de vue ouvert à chaque vision. Enfin j’espère.

Petit complément important : Voici un texte très intéressant sur la Consitution Européenne, qui comprend de nombreuses similitudes avec les faits relatés ci-dessus et un point de vue différent sur le contexte de cette dernière. Rendez-vous donc ici.

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23 mars 2005

la musique électronique: critique de la nonchalance pure.

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Il serait vain d’écouter de la musique électronique en essayant d’y dénicher des architectures harmoniques digne des grands noms de la musique classique. Là n’est pas son but. De la même manière que l’art contemporain semble être une interrogation sur les limites de l’art, l’électronique s’interroge à sa manière sur les limites de la musique. C’est ainsi que, grâce à l’arrivée des machines et plus particulièrement du numérique, de plus en plus de bruits du quotidien ont commencé à fleurir ici ou là au sein des chansons. Comme pour l’art contemporain, quelque chose de banal devient soudain artistique parce qu’on a porté un instant un regard différent sur lui, parce qu’on le met en scène.

La chose la plus fondamentale qu’aient apporté les machines dans l’évolution de la musique, c’est le hasard, l’erreur, l’accident! Et voilà une des différences majeures avec les musiques plus harmoniques. Les machines ont ramené le hasard à une place de choix dans la composition, le déraillement est presque devenu une règle. Tel effet rajouté à tel effet, telles fréquences balayées aléatoirement par une équalisation nonchalante, et soudain surgit quelque chose, un son particulier, qui se pare d'une aura inattendue, imprévisible. La composition en électronique est presque une passivité, une attente, une sorte de philosophie de l’affût. On guette le surgissement, l’étincelle qui va soudain conférer une âme à la boucle qui tourne sans âme depuis des heures sur l’écran de l’ordinateur ou dans le sampler. Et puis au cours d’un bidouillage, le son prend vie; alors, seulement, la direction du morceau se profile, et comme un chercheur d’or, le compositeur va plonger et replonger inlassablement son tamis dans l’eau dans l’espoir d’en retirer d’autres pépites.

samples_picasso3Le son n’est plus simplement un vecteur de l’harmonie, auquel on demande un beau port de tête pour faire honneur à la mélodie; les textures des sonorités sont devenues un univers entier à elles seules, chaque aspérité et chaque relief a son importance, chaque teinte apporte une nuance au paysage qu’elles esquissent. Chaque son devient un petit monde en lui même, et le compositeur développe alors pour lui une curiosité dévorante, en le poussant dans ses retranchements, en explorant chaque centimètre de ses nerfs et de ses tendons. On le torture et on le cajole en même temps, on le cuisine comme dans une garde à vue musclée et sado-maso pour qu’il nous livre sa mécanique secrète; qu’il dévoile enfin la faille, la niche où notre conscience ira se faufiler.

C’est cette vision des choses que les non-musiciens, ceux qui créent de la musique avec des machines, ont insufflé à l’histoire de la musique en remettant en cause le statut-roi de musicien ou de chanteur. Et il serait injuste de réduire cela à une baisse général du niveau musical et de la maîtrise des règles de l‘harmonie, parce que cette réflexion sur la texture est désormais au cœur du travail de nombreux nouveaux et talentueux artistes.

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17 mars 2005

Détourner la Cène est-il un blasphème?

Le blasphème punit par la loi?

La publicité détournant la Cène, après avoir été interdite en Italie, se voit maintenant censurée en France. L’association “croyances et libertés” avait mené l’affaire devant les tribunaux, et jeudi 10 Mars, elle obtenait gain de cause devant le tribunal de grande instance de Paris.

Concernant le détournement de la Cène par l’agence de publicité de Marithé et François Girbaud (pour vous convaincre de leur talent, allez faire un tour sur leur très beau site - et notamment sur leur étrange hell-heaven dimension) l’avocat de l’accusation déplore une démarche “blasphématoire” et dénonce “l’utilisation mercantile d’un acte fondateur”. La publicité avait été publiée en décembre dans des magazines féminins mais c’est la réalisation d’une immence affiche publicitaire de 400 mètre carrés (!), exposée sur l’avenue Charles de Gaulle, qui a déclenché les hostilités, au début du mois de mars.La conclusion du tribunal était la suivante: la publicité détournant la Cène est “un acte d’intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes” ajoutant que “l’injure ainsi faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché”.

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L'affiche de Larry flint, en 1996, avait été interdite.

Le processus de symbolisation.

“On peut dire que ces images emblématiques fonctionnent comme des miroirs de ce qui est pour chacun d’entre nous indicible. Nous ressentons des choses que nous n’arrivons pas à formuler avec des mots” Serges Tisseron.

La foi ne peut pas se démontrer; le discours logique échoue à restituer l’absolu. C’est peut être de là que vient l’importance pour la religion de se constituer un patrimoine d’images ou d’oeuvres (et pas seulement de textes) qu’elle ressent comme emblématiques, qui sont un autre moyen que les mots pour tenter d’atteindre l’intuition de valeurs transcendantes et de Dieu.

La cène n’est pas un simple tableau représentant un passage capital de la Bible, pour l’Eglise, il devenu un symbole fort du christiannisme, emblématique de cette religion. Les images de ce type peuvent jouer un rôle de cohésion au sein de la communauté religieuse, de “colle sociale” comme le dit Serges Tisseron. Un lien se crée entre les divers membres d’une communauté qui trouve là (entre autres) un point de rencontre à leur sensibilté et à leurs croyances, un repère cristalisant leur sentiment d‘appartenance à une même vision des choses. L’image peut inspirer une émotion puissante, qui va nourrir la foi du croyant. Ces images sont commes des guides, une sorte de référence appartenant à l’histoire de l’église, de la même manière que cette dernière s’appuie sur les textes de la Bible pour maintenir sa cohésion et fonder son identité. Les images ou les oeuvres que la religion a “greffé” à son patrimoine culturel et à son histoire joue aussi ce rôle, et participent à la construction et au maintien de l’identité du christiannisme.

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Ave maria, film de Jacques richard sorti en 1984. L'affiche sera censurée.

De la symbolisation au sacré

De telles images contiennent donc une part de transcendance, elles tâchent de réussir là où échouent les mots, elles semblent véhiculer l’impensable, l’informulable, l’intuition d’absolu à laquelle se raccroche la foi. Mais la vie de Jésus, incarnation de Dieu, a donné soudain chair à cette absolu, lui confèrant une réalité (du moins pour les croyants), une “preuve”. Le sacré est une sorte d’absolu attesté par une manifestation divine. Le tableau est devenu une sorte d’indicible sentier spirituel permettant à ceux qui reconnaissent son caractère emblématique, symbolique, d’y caresser l’intuition de Dieu. Comme si la fresque parvenait par une étrange alchimie a “invoquer” l’ombre de l’essence divine.

La dimension transcendante et sacrée de la siginfication d’une oeuvre implique néanmoins, pour subsister, que cette image ne soit jamais réutilisée dans un autre contexte. Il faut s’assurer que cette image aura toujours le même sens; le seul moyen de s’en assurer et de s’approprier l’image, et c’est précisément ce que fait l’Eglise, qui parle du tableau de Leonard de Vinci comme si elle lui appartenait. Elle s’en réserve l’usage, pour être certaine que le signifiant (le support du tableau, sa composition) soit irrédiablement lié au signifié, aux valeurs qu'elle y rattache. L’Eglise agit donc comme le propriétaire exclusif de ces images religieuses et refusent le droit à quiconque de s’en emparer à d’autres fins que celle ci. La définition d’un espace sacré débute. Avec la religion, l’absolu devient donc intouchable, inviolable, on ne peut le remettre en question et il devient sacré. Détourner une oeuvre déclarée sacrée devient alors profanation, blasphème. (car remise en cause de son lien secret avec la divinité)

C’est pour ces raisons qu’un usage mercantile d’un oeuvre emblématique est combattu par les évêques, car une telle utilisation entraîne nécessairement un amoindrissement de la portée symbolique de l‘oeuvre, sa désacralisation. En ces temps où le christiannisme est déjà considérablement affaibli, les évèques voient sans doute dans l’action en justice une manière de défendre le christiannisme, non pas seulement pour ce cas précis (l‘affaire marithé et françois Girbaud), mais en tâchant de faire en sorte que tourner les images religieuses en dérision ne deviennent pas une habitude des publicitaires.

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L'affiche d'Amen, de Costa-gravas, avait suscité la colère des évêques, mais le tribunal rejettera sa demande d'interdiction.

La défense d’un domaine sacré implique nécessairement la censure.

c’est sans doute ainsi que naît la censure de la religion, qui pour défendre cet espace sacré, inviolable, pour assurer la bonne santé et l’identité forte et unie de l’Eglise, s’est permit tout au long de l’histoire d’interdir toute oeuvre qui remettrait en cause ce domaine, censurant des livres ou des oeuvres “subversives ou profanes” (ou tout bêtement en brûlant des intellectuels, lors des siècles précédents). On pouvait justement entendre aux informations, il y a quelques jour, que le livre "Da vinci code" était mis à l'index par l'Eglise, ce qui signifie qu'elle déconseille aux chrétiens de le lire. Cette position de la défense du sacré pose un probleme car elle peut dériver en réalité en fascisme moral, dans son application la plus impitoyable. L’interdiction de toute remise en cause de ce sacré peut représenter en cela un danger pour la liberté de pensée.

L’avocat de l’agence Air Paris plaidera que ce n’est pas le “siginifié” (c’est à dire le message religieux lié au tableau ) qui a été détournée, mais son “signifiant” (le support du tableau lui même, la composition mathématique et mintieuse de l’oeuvre) “ce qui a servi de support, c’est l’oeuvre de Leonard de Vinci, absolument pas le texte de l’évangile” dit-il. Mais ce droit lui a finalement été refusé par la loi, le fait d’avoir reproduit la composition légendaire de Léonard de Vinci dans un cadre publicitaire a été considéré comme une offense à la foi et “aux croyances intimes des catholiques” méritant une censure totale. Le sacré implique la censure pure et simple, et, en dépit de son nom, l’association “croyances et liberté” a bien pour but d’interdire l’utilisation d’une partie du patrimoine culturel mondial par quelqu’un d’autre que par l’Eglise.

Ce n’est pas la première intervention de “croyances et libertés” qui avait déjà réagit en 1997, lorsque Volkswagen avait détourné... la Cène, pour une campagne publicitaire destinée à leur nouvelle Golf. Les même raisons avaient été invoquées, et l’association avait reproché à Volkswagen de lui avoir chaparder le tableau de Léonard de Vinci (car c’était également la Cène vu par De Vinci qui était en cause), allant jusqu’à évoquer de la “contrefaçon”. “Croyances et libertés” avait demandé 1000 francs de dommages et intérêts par affiche, soit environ 3 millions de francs! La procédure judiciaire fut interrompue puisque, avant que le jugement soit prononcé, Volkswagen retira ses affiches et accepta de verser une somme d'argent au secours catholique.

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La publicité de vokswagen en 1997.Voir la lettre ouverte de Mgr Billé, où il compare le fait de détourner la Cène à de la contrefaçon. Il y affirme l'interdiction morale de détourner tout symbole de la foi.

Liberté de croyance versus liberté d'expression

“Il y a la liberté de création, mais elle doit être confrontée à la liberté de croyance de l’Eglise. la liberté ne peut pas être à sens unique” dit Jean Michel Di falco, évêque.

On peut s’agacer de voir les chefs-d’oeuvres de l’esprit ouverts à un usage commercial et la Naissance de Vénus servir à vendre des bidets. Mais tradionnellement, ce patrimoine symbolique est libre de droits. Il doit le rester au nom même de la liberté d’esprit qu’il a contribué à inventer” écrit Gérard Dupuy dans libération.

Loi du 29.12.1979 sur les publicités de rue, article 1:“chacun a le droit d’exprimer et de diffuser informations et idées, quelle qu’en soit la nature, par le moyen de la publicité.”

Dans cette déclaration de L’évêque Jean Michel Di Falco, ci dessus, il ya quelque chose d’implicitement convenu qu’il convient immédiatement de rectifier. En effet, en aucune façon le détournement de la Cène n’est une atteinte à la croyance. Elle détourne non pas la croyance ou la foi mais des symboles de la croyance et de la foi, ce qui est différent. La foi reste du domaine de l’intime et de l’informulable, de l’intouchable. En ce sens strict, la liberté de croyance n’est pas menacé par la liberté d’expression de la publicité, même si la liberté d‘expression peut confronter les croyants à des discours susceptibles de les blesser. Tout comme un athée peut d’ailleurs s’estimer choqué par le prosélytisme de l’Eglise catholique.

Si on comprend que défendre ses symboles est pour l’église une question de survie, on comprend moins que notre état qui se veut laïc (la république ne reconnaît aucun culte) ait finalement pris position en faveur de la défense du sacré, en interdisant complètement la publicité de l‘agence Air Paris. La justice d’un état laïc se devait elle de favoriser une protection absolue des icônes de l’Eglise plutôt que la liberté d’expression d’une publicité et la libre utilisation du patrimoine culturel mondial?

PS: Qui est l’homme présent sur le tableau?

La présence de cet homme s’expliquerait par l’hypothèse évoquée dans le roman de Dan Brown, “le Da vinci code”. Le monde:“Jésus aurait épousé Marie Madeleine, la pêcheresse repentie. Un secret que l’église catholique aurait caché pendant des siècles par pure mysoginie. mais Léonard de Vinci l’aurait révélé dans ses tableaux. l’homme dévêtu sur l”affiche n’est autre que le double masculin de Marie-madeleine...” Le personnage orginal de la Cène est censé être l’apôtre saint jean, mais on remarque ses traits extrêmement fins. La version de Marithé et François Girbaud accrédite donc indirectement la thèse selon laquelle Jésus était marié. Sur le tableau de Leonard de vinci, les traits de ce personnage ambigus.

Source: le monde pour les propos rapportés du procés, libération pour le point de vue de Gérard Dupuy et de l’évêque du GAP, la conférence de Serges tisseron sur les images emblématiques.

pong

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16 mars 2005

à voir! le clip de Didier super

Un petit clip de Didier super au ton mordant. si vous n'avez pas peur des sarcasmes, cliquez ici, ça mérite le détour. Le site internet où j'ai trouvé le lien est par là.

Posté par Fayt à 13:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

13 mars 2005

Le manifeste du mouton

Avoir une réflexion sur la société de consommation c'est bien. Essayer de prendre du recul, de s'arrêter cinq minutes sur le bord du chemin pour mieux cerner la situation, c'est chouette. Mais se servir de la cause anti-pub, par exemple, pour s'imaginer faire parti des Justes, et devenir un donneur de leçon, c'est lourd, proférer sans cesse des sentences cyniques, c'est de la paresse intellectuelle. On retombe dans l'excès inverse: si la publicité nous prend très souvent pour des cons, il arrive aussi que ceux qui sont censé nous fournir un discours différent (comme certains anti-pubs) fassent de même. Par une illumination soudaine, certains ont trouvé là une cause à défendre et s'estime sur le chemin de la Vérité, on entend même clamer ici où là le mot « liberté », comme si éteindre sa télé faisait tout à coup de nous des hommes libres. On est toujours le mouton de quelqu'un d'autre! Le discours consistant à expliquer aux gens qu'ils sont des moutons est vite rébarbatif et demande peu d'efforts.

Les gens sont certes fatigués du harcèlement publicitaire, de la confusion de la valeur et du prix, de la marchandisation implacable de tous les domaines, mais ils en ont surtout marre qu'on les prennent pour des cons, et de constater que les soi disant bergers bienfaiteurs qui prétendent sortir la plèbe de sa fange s'avèrent une simple variante de plus d'une volonté de gratification narcissique, visant plus à la satisfaction de leur ego qu'au bien être de ceux à qui ils s'adressent. Il est usant de sentir qu'on sort à chaque fois d'un système de dominance pour entrer plus aveuglément dans un autre système de dominance. La démarche visant à faire prendre conscience des dérives économiques, et à essayer de recréer ou de conserver un espace libre pour la culture et la morale est un contrepoids indispensable aux transformations fulgurantes de nos sociétés fondées sur l'économie de marché, mais être un homme libre, c'est bien plus que se lever de son canapé pour éteindre son téléviseur, c'est bien plus que lutter contre la société de consommation de masse et ses promesses illusoires. En admettant que l'homme soit effectivement capable d'atteindre cet idéal de liberté, ce qui me paraît très optimiste. Mais au moins doit-il essayer d'y tendre autant qu'il le peut. Et sa première mission pour arriver à cela, c'est arrêter de cacher des motivations personnelles derrières des grands discours, et qui ne sont la plupart du temps qu' un prétexte pour satisfaire un besoin de domination et conjurer sa propre impuissance (source de stress voire de mal être étant donné le fonctionnement biologique de notre cerveau) en reproduisant sur autrui le schéma de domination duquel on est soi même victime. En d'autres termes, si on se sent pris pour un con, il faut trouver le moyen de prendre les autres pour des cons. Question d'équilibre mental. La première tentative pour accéder à une certaine forme de liberté serait de faire ce qui est en notre pouvoir pour tâcher d'échapper à ce mécanisme.

pong

 

Posté par Fayt à 15:53 - - Commentaires [19] - Permalien [#]