13 avril 2005
Big Brother is watching you forever
Récemment, le monde du divertissement vidéoludique a été soumis à une véritable atteinte à son intégrité même et par delà cet épisode, à celle de ses utilisateurs. Tout a commencé avec un projet du Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs, alias le SELL, permettant soi-disant de lutter contre le piratage de produits multimédia à vocation de divertissement pour la plupart. Ce dernier, dans sa volonté visiblement sans mesure d’afficher un statut de grand ordonnateur imposant des choix et des moyens de répression disproportionnés, décide d’inclure dans chaque logiciel une sorte de pisteur permettant de remonter jusqu'à la personne en faute tout en la fichant dans une base de données interne afin de se constituer une sorte de fichier de "pirates". Un moyen de "filature" qui pourrait d'ailleurs s'étendre dans le cas des utilisateurs de Peer to Peer qui seraient immédiatement listés dès leur entrée sur l'un ou l'autre des serveurs permettant ces échanges de données, qui n'ont rien d'illégaux dans l'absolu. Ce projet est donc actuellement en pourparlers et ne requiert donc plus que l'aval de la CNIL pour rentrer en vigueur, espérons-le au regard de tous, et non pas sous le couvert des congés estivaux, comme ce fut le cas en 2004. Mais avant de poursuivre, une explication s'impose sur ce qu'est la CNIL, son statut, ses pouvoirs et l'origine de sa création. Ce que l'on peut dire pour introduire ce petit historique, c'est que les liaisons entre informatique, liberté et égalité n'ont pas été toujours en accord avec les droits de l'homme à une propriété personnelle et équivalente. En fait, la gestation de la CNIL fait suite à un projet instauré par le gouvernement français en 1974, et nommé (sans doute ironiquement) SAFARI, pour Système Automatisé pour les Fichiers Administratifs et le Répertoire des Individus.
Le Ministère de l'Intérieur, alors dirigé par Jacques Chirac, souhaite en résumé créer un identifiant général, commun, et unique, dans le but de permettre une connexion parfaite entre l'ensemble des informations administratives au sein d'un fichier central. Un projet, qui sous des airs de simplification du traitement des fiches personnelles, cache une atteinte clairement définie au droit à la personne de disposer d'elle-même. En effet, l'identifiant unique précité, prendrait la forme du numéro NIR (ou INSEE), garantissant selon les dires de l'époque, un total anonymat dans l'approche à l'administration. Dans l'absolu, ce système aurait pu fonctionner convenablement, et amenuiser le temps d'examen d'un dossier, si seulement ce chiffre n'était pas soumis à une telle transparence. Effectivement, il est relativement aisé de déduire de ce dernier l'état civil d'une personne donnée et d'avoir ainsi accès à des renseignements privés permettant d'une part des recoupements dommageables entre les diverses instances de l'Etat (fiches d'impôts, du Ministère du travail, etc...), et d'autre part un fichage des citoyens malsain et forcément réducteur. Les vives réactions face à cette proposition de fonctionnement décolèrent en fait plus de la mémoire encore fraîche de fais historiques détestables que d'une réelle compréhension de fond de ce que ce dernier impliquait concrètement. De nombreuses personnes se souvenaient de l'utilisation imposante d'un système de "regroupement" similaire dans les rangs de la Gestapo, et de la façon détournée mise en place durant la Seconde Guerre Mondiale en rapport avec le NIR, devenant l'outil principal de recherche des familles juives de France.
Le projet fut donc avorté, et donna naissance à la CNIL, oeuvrant dans le sens de la loi Informatique et Liberté, ratifiée en 1978 et garantissant les citoyens contre une main-mise totale de l'Etat sur des informations à caractère privé. De plus, cette loi posa les bases de l'obligation pour les fichiers policiers à transiter par la CNIL, afin que cette instance opère une vérification des données contenues dans ces derniers, dans le but d'empêcher toute utilisation d'un fichage via le NIR, et d'éviter une atteinte flagrante au droit à la liberté. Véritable pierre de voûte d'un système de renseignement moins agressif, cette loi va se voir modifiée par quelques amendement décidés en 1981. Mais avant de poursuivre cette réflexion il demeure bon de signaler que la loi de 1978 ne s’applique qu’aux interventions de l’Etat, qui ne peuvent être mise en place qu’après le vote d’une loi ou d’un acte réglementaire. Les autres traitements ne nécessitent qu’une seule déclaration. Donc, via les adjonctions de 1981 (votées par le Conseil de L’Europe et nommées sous l’appellation de directive 108), la loi de 1978 se voit évoluer dans trois domaines précis. Tout d’abord, le traitement des données peut désormais s’effectuer non seulement sur les fichiers publics, mais aussi sur ceux privés. Deuxièmement, elle autorise la circulation de ces mêmes données au sein des contrées signataires, dans la limite de celles respectueuses des Droits de l’Homme, et troisièmement elle permet le transfert de ces fiches au-delà de la communauté européenne, selon les restrictions évoquées ci-dessus, si tant est que les pays en question ratifient la loi.
Une expansion intéressante de la législation de ce fait, qui permet d’entreprendre une attention avisée et respectueuse des données personnelles de chaque citoyen des nations en accord avec ce principe. Une grande instance internationale garante d’un droit au regard des personnes sur leur statut au sein de la société. Néanmoins, les moyens de communication ne cessent d’évoluer et prennent maintenant une forme quasi-incontrôlable pour l’époque, et surtout laissant bien en arrière la loi de 1978, peu armée pour lutter contre l’apparition des groupes commerciaux dans le jeu du stockage des données personnelles. Via l’instrumentalisation d’Internet, ces derniers peuvent réunir très aisément la description plus ou moins précise de chaque individu, simplement en regroupant les « fiches d’identité » remplies sur de nombreux sites marchands ou dépendant d’organismes fort immergés dans la connaissance poussée de leurs visiteurs, voire clients dans le cas précédent. On se trouve alors rapidement devant une sorte de vide juridique, aboutissant à une collecte sans vergogne d’une sorte d’état des lieux général et au niveau de l’homme en lui-même encore d’actualité ces temps-ci. Comment supporter cette angoisse d’un anonymat impossible et d’une implication forcée au sein d’une société à laquelle le degré d’adhérence est plus ou moins poussé ? Comment accepter d’être contacté par des organismes sans jamais avoir eu de contact direct avec ces derniers, donnant lieu à une paranoïa du mercantilisme actif, et par extension à une espèce d’impuissance a posteriori ? Comment se sortir d’une toile où chaque action d’une volonté personnelle de participation se meut en une arborescence d’entraves invisibles et inconscientes ? Un début de réponse fut donné en 1995 avec une nouvelle évolution de la loi de 1978, désormais obsolète.
Cette directive permet en résumé de remettre d’actualité la mise en place du flux trans-européen des fichiers tout en y apposant une législation commune et l’application d’un droit national. Toutefois, cette directive, contrairement à la précédente, ne s’applique qu’à l’UE, et les pays membres se voient dans l’obligation d’appliquer cette législation au sein de la leur propre, dans un délai de trois ans maximum. Ce qui ne sera pas du tout le cas en France, loin de là. Par ailleurs, et maintenant que la création de la CNIL en elle-même est légèrement éclairci, il reste à admirer son évolution, ou plutôt la lente décrépitude de ses pouvoirs. En effet, d’instance de contrôle et de sécurité de la personne, elle va se muer en un simple contrôleur sans poids à opposer. En 1998 donc, le gouvernement français charge Guy Braibant de construire un rapport sur l’application de la législation au niveau national, qui sera rendu au début du printemps de la même année, tout en sachant que le délai maximal de transposition s’avère d’ors et déjà dépassé. Faisant fi des restrictions européennes, la France (qui se verra menacer de graves sanctions par la Commission Européenne) mettra à la vu de tous ce projet en 1999, lors d’une université d’été où se trouvait Lionel Jospin, qui se nommera Loi sur la Société de l’Information. Spécialement destinée au transit des informations sur le net, cette dernière traite également du problème des données individuelles en souhaitant en augmenter la protection. Tout le monde pouvait de ce fait penser à l’apparition, enfin, de la directive de 1995 au sein de la légalisation française. Dans le même ordre d’idées, le premier ministre annonça la prochaine émission de cette loi, acte nécessaire à une compréhension globale des intérêts qu’elle véhicule.
Effectivement, il demeure logique d’avoir connaissance de modifications profondes dans le droit d’un tiers à disposer des ressources personnelles d’autrui. Pouvoir appréhender les limitations et la nature des données prélevées, ainsi que les possibilités d’accès à ses propres fichiers. Entre parenthèse, cela reste encore relativement paradoxal de devoir formuler ce genre de propos, impliquant une dissimulation de bribes d’une existence propre et que (cela s’entend) l’on vit en ce moment même. Demander d’accéder à une partie de nous-même, dans une sorte de réflexion interne externalisée, se rapprochant d’une sorte de schizophrénie matérielle. Réellement troublant et particulièrement pervers, dans un constat de main-mise sur une identité que l’on croit personnelle. Pourtant rien de très clair ne fut divulgué de ce projet de loi. Pire, alors que des discussions s’engageaient entre des associations et des instances de l’Etat sur la forme et le fond, en survol, du simple plan, le texte fondateur se trouvait déjà dans les bureaux du premier ministre. Certaines priorités y étaient même déjà discutées. En 2000, un second avant-projet de loi est mis en forme, controversé par des associations montrant du doigt l’un des principes de la loi mettant davantage en avant le contrôle a posteriori du traitement à la place d’une déclaration préalable. Une espèce de : « On verra quand ça sera fait, et on essaiera d’y remédier si on peut et si on a le temps », pour caricaturer. Le 18 Juillet 2001, le projet de loi final se voit présenté devant le Conseil des Ministres, soit trois années après la limite légale de transposition demandée par le Conseil Européen, et adopté. Mais c’est à partir de Juillet 2004, que cette législation va connaître son remaniement le plus surprenant.
Pour résumer et jusqu’à maintenant, chaque fichier administratif quel qu’il soit était soumis à une vérification de la CNIL, qui était chargé de donner, ou non, son aval en rapport avec ce que contenait ce dernier. A ce moment précis, seul un décret, en accord toujours avec la CNIL , pouvait outrepasser cette limitation. On se trouvait donc face à un instance forte et obligatoirement consultée. Mais désormais, l’accès à un fichier ne sera dépendant que d’une déclaration, sans passage forcé par la CNIL, même si cette dernière aura toujours le dernier mot concernant des sujets relatifs aux origines raciales, aux opinions religieuses, etc… Un pouvoir de paille, quand on s’aperçoit que cette ultime vérification peut se voir annihiler par les données dites de « souveraineté nationale ». Ces dernières regroupent en fait tout ce qui a trait à la sécurité de l’Etat, à la défense, ou au numéro NIR. De même elles incluent les fichiers portant sur la quasi totalité de la population (fichiers généraux). On peut donc facilement inclure des obédiences religieuses dans ce créneau, surtout après le 11 Septembre, raciales pour une raison analogue, et jouer sur les termes pour s’approprier aisément les renseignements souhaités. Surtout que ces quelques bribes de vie ne sont de ce fait pas concernés par les restrictions de la CNIL et s’avèrent seulement soumises à un droit de déclaration de celle-ci. L’organe de vérification et de garantie de la liberté et de l’égalité devient donc un observateur qui n’a le droit que de crier son indignation sans être entendu.
D’autre part, celui-ci perd dans la foulée la capacité de, je cite : « permettre à la CNIL d’ordonner la destruction de traitements » logiquement en infraction vis à vis de la loi. Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser un gouvernement à rendre si poreuse un grand office de réglementation ? Le fichier policier STIC n’y est pas étranger. Système de Traitement des Infractions Constatées, ce dernier a été « «légalisé » et rendu public à la surprise générale il y a peu de temps. Déjà en place depuis quelques années, celui-ci comprend une trace de chaque personne qui s’est vu un jour signalée aux services de police, et considérée à partir de cet instant comme accusé potentiel. Ces données présentent de nombreuses et honteuses atteintes aux droits de l’homme et du citoyen, et en priorité la présomption d’innocence. De même, le droit à la réhabilitation semble sur une pente plus que glissante. Comment fonder une société si son nom figure dans ce registre froid et peu réflexif ? On se trouve du coup face à un immense problème de fichage sauvage et quasiment autoritaire, qui a d’ailleurs aboutit à une tentative de légalisation discrète afin de ne pas trop faire de remous dans une opinion générale qui commençait à émettre de grandes réserves. Un essai de mise en conformité tellement laborieux, que la France s’est vue dans l’obligation intéressée de modifier un « «tant soit peu » la CNIL, afin de ne pas trop interférer avec cette petite « chasse gardée » que représente le fichier STIC.
On pouvait de ce fait se dire que, comme évoqué plus en amont, que la nouvelle attribution de la CNIL concernant sa consultation obligatoire dans le cas des « fichiers sensibles » ou comportant des données « relatives aux infractions ou aux condamnations » pourrait museler le fichier STIC, mais c’était sans prendre en compte les données de « sûreté nationale » et portant encore une fois sur la quasi totalité de la population. Supprimer « l’exigence d’une autorisation de la CNIL pour les traitements portant sur la totalité ou de la quasi-totalité de la population, le critère quantitatif n’apparaissant pas pertinent pour apprécier la dangerosité d’un traitement ». Le STIC fonctionne donc désormais sans aucune limitation des instances affiliées à cette tâche et peut continuer à puiser dans son stock de données périmées et gangrenées par des erreurs et des fiches obsolètes . En effet, devant la demande toujours plus importante de consultation des fichiers policiers, la CNIL a pu, à partir de 2002, se rendre compte que 37 % des fichiers STIC s’avéraient erronés, ou pire, non justifiés. Les suspects, victimes (effarant), et accusés sont donc intégrés dans ce marasme à destination de la police, de la gendarmerie, des Renseignements Généraux, etc… En gros 10 % de la population pourrait être fichée. La CNIL perd donc ses pouvoirs et se voit contrainte à regarder avec dépit la mise en place de fichiers d’ « auteurs présumés d'infraction ». Et comme par hasard, la nouvelle loi informatique et liberté donne un délai de 6 ans (donc jusqu’en 2010) aux instances judiciaires pour remettre à jour leurs fichiers afin qu’ils deviennent tout de même « adéquats, pertinents, exacts, complets et, si nécessaire, mis à jour ». Reste à savoir si ensuite, la surveillance et le contrôle seront suffisants pour permettre de vérifier la bonne tenue de ces derniers. Mais ce que l’on peut retenir de ce constat, c’est que outre le fait de classer, sans aucun respect des droits fondamentaux de l’être humain en général, la majeure partie de la population, il apparaît un côté arbitraire quasiment total autorisant les incompréhensions les plus coupables et une sorte de main basse sur la qualité de vie de chacun. Pour l’exemple, même certains régimes totalitaires n’ont pas un accès aussi déséquilibré et obscur d’une part et aussi systématique d’autre part. Je ne souhaite pas expérimenter une attaque directe et non fondée, juste mettre à la vue d’un intérêt commun l’espèce de mauvaise foi inhérente à cette manière de fonctionner. Entreprendre la collecte « masquée » de fichiers personnels et ne pas en vérifier la véracité forme un tout dont chacune des parties dépasse les limitations imposées par le droit de la personne à disposer d’elle-même dans un contexte sociétal donné. En retirant la prise en main d’une partie de soi ou du moins de son image incluse dans le groupe, on annihile la circulation libre et désenclavée. Ce qui s’apparente à une forme de surveillance active, ayant du mal à coller avec le principe même de la démocratie.
Pour en revenir à l’évolution de la Loi Informatique et Liberté, que j’ai évoqué en amont, il faut se rendre au 15 Juillet 2004, date à laquelle est présenté un nouveau projet de loi, recentrant les nouvelles activités de la CNIL, et de la législation sur le traitement des données en général. En substance, la « rénovation » concerne une certaine impunité de l’Etat face aux possibles exactions commises par ce dernier à l’encontre des principes même de liberté et d’égalité, au travers du fichage relativement systématique des données personnelles. D’autre part, elle permet de mettre en place l’accession à l’ensemble des fichiers impliquant une majeure partie de la population, à l’image de la carte d’identité électronique, tout en autorisant la protection des fichiers policiers (jusqu’en 2010 donc), et en masquant le fait que certains sont tout bonnement inacceptables législativement parlant. Pour tenter de justifier cette déchéance des principes premiers de la loi, la France a tout bonnement évoqué le fait que ce projet n’était autre que la transposition de la loi de 1995 au niveau national, qui revêt de ce fait une aura d’obligation. Une excuse judicieuse, allant, dans la forme, vers le sens décidé par le Conseil Européen. Néanmoins, je n’évoque que le côté impératif d’application de la directive, et non pas de ce qu’elle contient, jamais évoqué dans le projet de 1995. De ce fait, le gouvernement français passe outre le fait qu’il aurait été logique de faire coïncider la loi de 1995 au niveau européen avec celles de 1999 et 2001, ce qui semblait pourtant le cas. Celui-ci s’est donc servi de la non-application de la directive de 95 pour la réinsérer dans un plan bancal d’un point de vue démocratique, le rendant ainsi assurément envisageable, à la vue du retard conséquent qu’avait déjà pris la transposition, à savoir pratiquement 7 ans. La volonté de mettre à jour a empiété sur la réflexion attentive du fond. Mais que fait la CNIL pour tenter d’enrayer ces pratiques ?
Et bien pas grand chose. Non que la volonté soit mise en défaut, mais les possibilités d’actions s’avèrent tout d’un coup plus que réduites. En effet, ce même projet de loi de juillet 2005, modifie de façon drastique les pouvoirs de la CNIL. En bref, et je citerais les mots mêmes du rapport du sénateur Alex Türk (dont j’expliquerais la fonction ci-après) qui se révèlent suffisamment évocateurs et compréhensibles. Tout d’abord, et dans les principes premiers, il est plus qu’important de permettre un fichage de « présumés suspects » par les organisations privées, à l’image de ceux de la Police : «[…] autorisé les entreprises à constituer des traitements sur les infractions dont elles ont été victimes ». Ensuite, et fort logiquement, on observe une suppression nette et précise du droit de regard légitime de la CNIL sur les données en infraction avec le code pénal : « […] supprimé la possibilité de permettre à la CNIL d’ordonner la destruction de traitements ». D’autre part, et comme évoqué tout au long de ce texte, la CNIL se voit retirer la possibilités d’interférer sur les fichiers de masse, comme l’utilisation du NIR ou des renseignements policiers en général, et ne peut plus déclencher de poursuites si l’Etat venait à enfreindre les principes d’utilisation de ces derniers. Pour continuer dans les limitations de la CNIL, cette dernière n’aura plus le droit de permettre, ou non, « les traitements de données à caractère personnel mis en oeuvre pour le compte de l’Etat et portant sur des données biométriques nécessaires à l’authentification et au contrôle de l’identité des personnes ». On ne sait donc pas dans quelle mesure ces données seront justifiées et si elles iront rejoindre le bouquet contenant les fichiers policiers et « sociaux ». De plus, et dans la continuité de l’interdiction à la CNIL de s’occuper des fichiers intéressant la sûreté national, celle-ci se voit amputer le droit de regard sur le fait que les données émanant de la Police et de la Gendarmerie « puissent être transmises à des organismes de coopération internationale en matière de police judiciaire ou à des services de police étrangers présentant un niveau de protection suffisant de la vie privée et des droits fondamentaux ». Devant un tel désastre et un tel musellement, il est légitime d’essayer de comprendre la cause d’un tel remaniement. La réponse se trouve en la personne d’Alex Türk, qui se place d’un côté en tant que rapporteur de cette loi au Sénat, et de l’autre en tant que directeur de la CNIL. On peut donc observer que ce Sénateur Divers Droite du Nord, occupe une place pouvant favoriser une mise en place bien plus efficace d’un projet de loi tel que celui qu’il propose. Sans trop s’avancer, il est même assez évident que cette personne a coulé la CNIL de l’intérieur, sans lui donner la possibilité de se retourner et de se porter en faux contre cette atteinte aux principes mêmes de sa création. En effet, on en arrive précisément, sous la présidence de Jacques Chirac, a ce que la loi de 1978 voulait soigneusement éviter. Rappelons tout de même que cette législation de la fin des années 70 est née de la levée de boucliers consécutive au projet SAFARI de 1974, instauré par le même Jacques Chirac. Et si personne ne dit rien, c’est justement parce que mêmes « les défenseurs des libertés individuelles et de l’égalité » se rattachent à cette loi Informatique et Liberté. Pour quelle raison ? Simplement parce que cette dernière, dans son remaniement, permet de lutter efficacement contre la fraude fiscale et aux prestations sociales garante justement d’une absence de liberté d’accès à ces aides à terme et d’une certaine équité.
Quel peut alors être le pouvoir de la CNIL dans la volonté du SELL de placer un pisteur dans les produits de divertissement multimédias ? Ne pouvant que dénoncer des pratiques sans acquérir de poids limitatif imposant, la CNIL ne devrait logiquement n’avoir qu’un rôle moralisateur sans possibilité de réelle interférence. Toutefois, rien n’a encore été communiqué sur ce sujet précis et nous attendrons donc la finalité de ceci dans l’angoisse. Oui dans l’angoisse. Je ne cherche pas du tout à me la jouer «théorie du complot », mais je pense qu’il est tout de même important de savoir situer des moments durant lesquels certaines acquisitions s’avèrent annihilées et s’en inquiéter. Mais plus nous avançons, et plus le monde ressemble à la description d’Orwell dans 1984. Que ce soit au niveau des médias, ou de la politique. Je ne prône pas la peur de chaque image ou chaque révélation, mais il est intéressant d’avoir parfois un recul critique sur le flot d’informations déversés chaque jour. Ce texte est donc purement à but informatif et si possible réflexif. Je n’impose pas un avis, je propose un point de vue ouvert à chaque vision. Enfin j’espère.
Petit complément important : Voici un texte très intéressant sur la Consitution Européenne, qui comprend de nombreuses similitudes avec les faits relatés ci-dessus et un point de vue différent sur le contexte de cette dernière. Rendez-vous donc ici.
17 mars 2005
Détourner la Cène est-il un blasphème?
Le blasphème punit par la loi?
La publicité détournant la Cène, après avoir été interdite en Italie, se voit maintenant censurée en France. L’association “croyances et libertés” avait mené l’affaire devant les tribunaux, et jeudi 10 Mars, elle obtenait gain de cause devant le tribunal de grande instance de Paris.
Concernant le détournement de la Cène par l’agence de publicité de Marithé et François Girbaud (pour vous convaincre de leur talent, allez faire un tour sur leur très beau site - et notamment sur leur étrange hell-heaven dimension) l’avocat de l’accusation déplore une démarche “blasphématoire” et dénonce “l’utilisation mercantile d’un acte fondateur”. La publicité avait été publiée en décembre dans des magazines féminins mais c’est la réalisation d’une immence affiche publicitaire de 400 mètre carrés (!), exposée sur l’avenue Charles de Gaulle, qui a déclenché les hostilités, au début du mois de mars.La conclusion du tribunal était la suivante: la publicité détournant la Cène est “un acte d’intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes” ajoutant que “l’injure ainsi faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché”.
L'affiche de Larry flint, en 1996, avait été interdite.
Le processus de symbolisation.
“On peut dire que ces images emblématiques fonctionnent comme des miroirs de ce qui est pour chacun d’entre nous indicible. Nous ressentons des choses que nous n’arrivons pas à formuler avec des mots” Serges Tisseron.
La foi ne peut pas se démontrer; le discours logique échoue à restituer l’absolu. C’est peut être de là que vient l’importance pour la religion de se constituer un patrimoine d’images ou d’oeuvres (et pas seulement de textes) qu’elle ressent comme emblématiques, qui sont un autre moyen que les mots pour tenter d’atteindre l’intuition de valeurs transcendantes et de Dieu.
La cène n’est pas un simple tableau représentant un passage capital de la Bible, pour l’Eglise, il devenu un symbole fort du christiannisme, emblématique de cette religion. Les images de ce type peuvent jouer un rôle de cohésion au sein de la communauté religieuse, de “colle sociale” comme le dit Serges Tisseron. Un lien se crée entre les divers membres d’une communauté qui trouve là (entre autres) un point de rencontre à leur sensibilté et à leurs croyances, un repère cristalisant leur sentiment d‘appartenance à une même vision des choses. L’image peut inspirer une émotion puissante, qui va nourrir la foi du croyant. Ces images sont commes des guides, une sorte de référence appartenant à l’histoire de l’église, de la même manière que cette dernière s’appuie sur les textes de la Bible pour maintenir sa cohésion et fonder son identité. Les images ou les oeuvres que la religion a “greffé” à son patrimoine culturel et à son histoire joue aussi ce rôle, et participent à la construction et au maintien de l’identité du christiannisme.
Ave maria, film de Jacques richard sorti en 1984. L'affiche sera censurée.
De la symbolisation au sacré
De telles images contiennent donc une part de transcendance, elles tâchent de réussir là où échouent les mots, elles semblent véhiculer l’impensable, l’informulable, l’intuition d’absolu à laquelle se raccroche la foi. Mais la vie de Jésus, incarnation de Dieu, a donné soudain chair à cette absolu, lui confèrant une réalité (du moins pour les croyants), une “preuve”. Le sacré est une sorte d’absolu attesté par une manifestation divine. Le tableau est devenu une sorte d’indicible sentier spirituel permettant à ceux qui reconnaissent son caractère emblématique, symbolique, d’y caresser l’intuition de Dieu. Comme si la fresque parvenait par une étrange alchimie a “invoquer” l’ombre de l’essence divine.
La dimension transcendante et sacrée de la siginfication d’une oeuvre implique néanmoins, pour subsister, que cette image ne soit jamais réutilisée dans un autre contexte. Il faut s’assurer que cette image aura toujours le même sens; le seul moyen de s’en assurer et de s’approprier l’image, et c’est précisément ce que fait l’Eglise, qui parle du tableau de Leonard de Vinci comme si elle lui appartenait. Elle s’en réserve l’usage, pour être certaine que le signifiant (le support du tableau, sa composition) soit irrédiablement lié au signifié, aux valeurs qu'elle y rattache. L’Eglise agit donc comme le propriétaire exclusif de ces images religieuses et refusent le droit à quiconque de s’en emparer à d’autres fins que celle ci. La définition d’un espace sacré débute. Avec la religion, l’absolu devient donc intouchable, inviolable, on ne peut le remettre en question et il devient sacré. Détourner une oeuvre déclarée sacrée devient alors profanation, blasphème. (car remise en cause de son lien secret avec la divinité)
C’est pour ces raisons qu’un usage mercantile d’un oeuvre emblématique est combattu par les évêques, car une telle utilisation entraîne nécessairement un amoindrissement de la portée symbolique de l‘oeuvre, sa désacralisation. En ces temps où le christiannisme est déjà considérablement affaibli, les évèques voient sans doute dans l’action en justice une manière de défendre le christiannisme, non pas seulement pour ce cas précis (l‘affaire marithé et françois Girbaud), mais en tâchant de faire en sorte que tourner les images religieuses en dérision ne deviennent pas une habitude des publicitaires.
L'affiche d'Amen, de Costa-gravas, avait suscité la colère des évêques, mais le tribunal rejettera sa demande d'interdiction.
La défense d’un domaine sacré implique nécessairement la censure.
c’est sans doute ainsi que naît la censure de la religion, qui pour défendre cet espace sacré, inviolable, pour assurer la bonne santé et l’identité forte et unie de l’Eglise, s’est permit tout au long de l’histoire d’interdir toute oeuvre qui remettrait en cause ce domaine, censurant des livres ou des oeuvres “subversives ou profanes” (ou tout bêtement en brûlant des intellectuels, lors des siècles précédents). On pouvait justement entendre aux informations, il y a quelques jour, que le livre "Da vinci code" était mis à l'index par l'Eglise, ce qui signifie qu'elle déconseille aux chrétiens de le lire. Cette position de la défense du sacré pose un probleme car elle peut dériver en réalité en fascisme moral, dans son application la plus impitoyable. L’interdiction de toute remise en cause de ce sacré peut représenter en cela un danger pour la liberté de pensée.
L’avocat de l’agence Air Paris plaidera que ce n’est pas le “siginifié” (c’est à dire le message religieux lié au tableau ) qui a été détournée, mais son “signifiant” (le support du tableau lui même, la composition mathématique et mintieuse de l’oeuvre) “ce qui a servi de support, c’est l’oeuvre de Leonard de Vinci, absolument pas le texte de l’évangile” dit-il. Mais ce droit lui a finalement été refusé par la loi, le fait d’avoir reproduit la composition légendaire de Léonard de Vinci dans un cadre publicitaire a été considéré comme une offense à la foi et “aux croyances intimes des catholiques” méritant une censure totale. Le sacré implique la censure pure et simple, et, en dépit de son nom, l’association “croyances et liberté” a bien pour but d’interdire l’utilisation d’une partie du patrimoine culturel mondial par quelqu’un d’autre que par l’Eglise.
Ce n’est pas la première intervention de “croyances et libertés” qui avait déjà réagit en 1997, lorsque Volkswagen avait détourné... la Cène, pour une campagne publicitaire destinée à leur nouvelle Golf. Les même raisons avaient été invoquées, et l’association avait reproché à Volkswagen de lui avoir chaparder le tableau de Léonard de Vinci (car c’était également la Cène vu par De Vinci qui était en cause), allant jusqu’à évoquer de la “contrefaçon”. “Croyances et libertés” avait demandé 1000 francs de dommages et intérêts par affiche, soit environ 3 millions de francs! La procédure judiciaire fut interrompue puisque, avant que le jugement soit prononcé, Volkswagen retira ses affiches et accepta de verser une somme d'argent au secours catholique.
La publicité de vokswagen en 1997.Voir la lettre ouverte de Mgr Billé, où il compare le fait de détourner la Cène à de la contrefaçon. Il y affirme l'interdiction morale de détourner tout symbole de la foi.
Liberté de croyance versus liberté d'expression
“Il y a la liberté de création, mais elle doit être confrontée à la liberté de croyance de l’Eglise. la liberté ne peut pas être à sens unique” dit Jean Michel Di falco, évêque.
“On peut s’agacer de voir les chefs-d’oeuvres de l’esprit ouverts à un usage commercial et la Naissance de Vénus servir à vendre des bidets. Mais tradionnellement, ce patrimoine symbolique est libre de droits. Il doit le rester au nom même de la liberté d’esprit qu’il a contribué à inventer” écrit Gérard Dupuy dans libération.
Loi du 29.12.1979 sur les publicités de rue, article 1:“chacun a le droit d’exprimer et de diffuser informations et idées, quelle qu’en soit la nature, par le moyen de la publicité.”
Dans cette déclaration de L’évêque Jean Michel Di Falco, ci dessus, il ya quelque chose d’implicitement convenu qu’il convient immédiatement de rectifier. En effet, en aucune façon le détournement de la Cène n’est une atteinte à la croyance. Elle détourne non pas la croyance ou la foi mais des symboles de la croyance et de la foi, ce qui est différent. La foi reste du domaine de l’intime et de l’informulable, de l’intouchable. En ce sens strict, la liberté de croyance n’est pas menacé par la liberté d’expression de la publicité, même si la liberté d‘expression peut confronter les croyants à des discours susceptibles de les blesser. Tout comme un athée peut d’ailleurs s’estimer choqué par le prosélytisme de l’Eglise catholique.
Si on comprend que défendre ses symboles est pour l’église une question de survie, on comprend moins que notre état qui se veut laïc (la république ne reconnaît aucun culte) ait finalement pris position en faveur de la défense du sacré, en interdisant complètement la publicité de l‘agence Air Paris. La justice d’un état laïc se devait elle de favoriser une protection absolue des icônes de l’Eglise plutôt que la liberté d’expression d’une publicité et la libre utilisation du patrimoine culturel mondial?
PS: Qui est l’homme présent sur le tableau?
La présence de cet homme s’expliquerait par l’hypothèse évoquée dans le roman de Dan Brown, “le Da vinci code”. Le monde:“Jésus aurait épousé Marie Madeleine, la pêcheresse repentie. Un secret que l’église catholique aurait caché pendant des siècles par pure mysoginie. mais Léonard de Vinci l’aurait révélé dans ses tableaux. l’homme dévêtu sur l”affiche n’est autre que le double masculin de Marie-madeleine...” Le personnage orginal de la Cène est censé être l’apôtre saint jean, mais on remarque ses traits extrêmement fins. La version de Marithé et François Girbaud accrédite donc indirectement la thèse selon laquelle Jésus était marié. Sur le tableau de Leonard de vinci, les traits de ce personnage ambigus.
Source: le monde pour les propos rapportés du procés, libération pour le point de vue de Gérard Dupuy et de l’évêque du GAP, la conférence de Serges tisseron sur les images emblématiques.
pong
16 mars 2005
à voir! le clip de Didier super
Un petit clip de Didier super au ton mordant. si vous n'avez pas peur des sarcasmes, cliquez ici, ça mérite le détour. Le site internet où j'ai trouvé le lien est par là.

13 mars 2005
Le manifeste du mouton

Avoir une réflexion sur la société de consommation c'est bien. Essayer de prendre du recul, de s'arrêter cinq minutes sur le bord du chemin pour mieux cerner la situation, c'est chouette. Mais se servir de la cause anti-pub, par exemple, pour s'imaginer faire parti des Justes, et devenir un donneur de leçon, c'est lourd, proférer sans cesse des sentences cyniques, c'est de la paresse intellectuelle. On retombe dans l'excès inverse: si la publicité nous prend très souvent pour des cons, il arrive aussi que ceux qui sont censé nous fournir un discours différent (comme certains anti-pubs) fassent de même. Par une illumination soudaine, certains ont trouvé là une cause à défendre et s'estime sur le chemin de la Vérité, on entend même clamer ici où là le mot « liberté », comme si éteindre sa télé faisait tout à coup de nous des hommes libres. On est toujours le mouton de quelqu'un d'autre! Le discours consistant à expliquer aux gens qu'ils sont des moutons est vite rébarbatif et demande peu d'efforts.
Les gens sont certes fatigués du harcèlement publicitaire, de la confusion de la valeur et du prix, de la marchandisation implacable de tous les domaines, mais ils en ont surtout marre qu'on les prennent pour des cons, et de constater que les soi disant bergers bienfaiteurs qui prétendent sortir la plèbe de sa fange s'avèrent une simple variante de plus d'une volonté de gratification narcissique, visant plus à la satisfaction de leur ego qu'au bien être de ceux à qui ils s'adressent. Il est usant de sentir qu'on sort à chaque fois d'un système de dominance pour entrer plus aveuglément dans un autre système de dominance. La démarche visant à faire prendre conscience des dérives économiques, et à essayer de recréer ou de conserver un espace libre pour la culture et la morale est un contrepoids indispensable aux transformations fulgurantes de nos sociétés fondées sur l'économie de marché, mais être un homme libre, c'est bien plus que se lever de son canapé pour éteindre son téléviseur, c'est bien plus que lutter contre la société de consommation de masse et ses promesses illusoires. En admettant que l'homme soit effectivement capable d'atteindre cet idéal de liberté, ce qui me paraît très optimiste. Mais au moins doit-il essayer d'y tendre autant qu'il le peut. Et sa première mission pour arriver à cela, c'est arrêter de cacher des motivations personnelles derrières des grands discours, et qui ne sont la plupart du temps qu' un prétexte pour satisfaire un besoin de domination et conjurer sa propre impuissance (source de stress voire de mal être étant donné le fonctionnement biologique de notre cerveau) en reproduisant sur autrui le schéma de domination duquel on est soi même victime. En d'autres termes, si on se sent pris pour un con, il faut trouver le moyen de prendre les autres pour des cons. Question d'équilibre mental. La première tentative pour accéder à une certaine forme de liberté serait de faire ce qui est en notre pouvoir pour tâcher d'échapper à ce mécanisme.
pong
14 février 2005
Démocratie cherche pays pour nouer liens et plus si affinités
Non content d’instaurer des couvre-feux, d’être réélu dans les fines limites d’une démocratie chancelante, et de perpétrer une guerre « de l’ombre », possédant cette appellation du fait de l’intérêt que les médias et les gouvernements étrangers y placent, le président de la Russie, Vladimir Poutine, vient de repousser drastiquement le peu d’avantages demeurant encore dans les mains d’une population guindée. Soumise à un main-mise du gouvernement sur l’ensemble des médias nationaux, cette dernière, tout du moins les retraités, bénéficiait néanmoins d’un système sociale ouvert et destinée à améliorer une vie quotidienne pas toujours optimiste. En fait, les travailleurs à la retraite, les anciens combattants, ainsi que toutes les personnes qualifiées de « héros » de guerre ou de travail, fiers représentants de la nouvelle Russie par le prisme d’une époque révolue tout autant que glorieuse, disposaient jusqu’à maintenant d’une gratuité des principales aides nécessaire à une inclusion optimale dans la société, et surtout vectrices d’une autonomie salvatrice. S’ouvraient alors à eux la culture avec des entrées libres dans les manifestations publiques, la santé, à l’aide de cures et de la distribution de médicaments, sans oublier des loyers modérés, et un accès au réseau téléphonique au coût très amoindri. Vestige d’une garantie sociale, cette construction s’est vue mise à bas le 3 août dernier par le vote d’une loi interdisant dorénavant la poursuite de ce statut pratiquement unique. Cette prise de décision est apparue clairement comme une révolution historique, conduisant à un soulèvement massif d’une population lassée par l’autoritarisme de Poutine. Effectivement, dans une tentative de masquer un tantinet ce retrait d’avantages probants, le dirigeant russe a décidé de fournir désormais un complément financier à la retraite de chaque personne en fonction de son ancienne activité professionnelle et des besoins. Par exemple, concernant les fonctionnaires de police (qui bénéficiaient également de ces facilités financières), ces derniers touchent désormais une sorte de prime de plus ou moins trente euros, destinée aux transports en commun, par mois.
Une compensation légitime pourrait-on se dire, mais, à la vue des différentes crises financières touchant le monde économique général, et la Russie en particulier, la confiance en un supplément non matériel et soumis à aucune variation de taux ou de politique économique s’évapore face au pécule instable désormais fourni. De plus, parmi les 20 millions de personnes qui vont bénéficier de cette nouvelle forme « d’aide », nombreuses seront les inégalités facilement estimables. En effet, ce complément sera en grande partie géré par les autorités régionales, ou par les fonds du budget fédéral pour 13 millions d’autres individus. De ce fait, des disparités vont évidemment se créer, d’une part cause des différences de gestion monétaire des régions, et d’autre part à cause de la séparation des versements nationaux et régionaux. Le complet délabrement de cette théorie apparaît ensuite clairement lorsque les autorités évoquent le fait que les avantages pourraient être conservés sous certains arrangements dans quelques lieux. De même, le gouvernement pourrait se montrer plus souple envers les travailleurs venant effectuer leur activité professionnelle à Moscou, dans une volonté évidente de ne pas couper le dynamisme de la capitale. On se retrouve donc devant une sorte d’imbroglio peu défini, une signification vaporeuse, due à la suppression brutale et non-réfléchie d’un système sûrement trop permissif pour les autorités, et favorisant l’incompréhension, indispensable dans un besoin de fournir l’image d’une tête pensante seule capable de comprendre une situation et d’en faire profiter chacun. Une ambiance trouble et incertaine et l’un des moyens les plus élémentaires pour mettre en place une fonction incontestable et surtout autoritaire. Dans le même ordre d’idées, malgré des demandes d’explication claires dans de nombreux communiqués afin de clarifier la situation, le gouvernement demeure assez muet.
Et que faire quand un peuple considéré comme assez ignorant se rend compte d’une telle suppression ? Tout simplement créer une décrédibilisation ou pire encore une tentative d’intimidation. A ce sujet, le groupe de manifestation nommé «Ceux qui marchent sans Poutine » (scission du groupe pro-gouvernemental « Ceux qui marchent ensemble ») et se rangeant aux côtés des contestataires retraités, fonctionnaires, ou encore communistes, s’est vu rapidement attaqué idéologiquement par « Ceux qui marchent ensemble » les désignant comme des illettrés, coupés de la « vraie » culture du pays, et surtout comme des personnes n’aimant pas la patrie, ce qui est bien évidemment le reproche le plus fort au sein d’un pays encore plongé dans une fierté aveugle par le biais de la volonté de nombreux dirigeants. De plus, Mikhaïl Obozov, leader du groupe « Ceux qui marchent sans Poutine » s’est vu contacté par le doyen de sa faculté, lui indiquant que s’il rencontrait des problèmes avec ses professeurs, ils ne devraient sans prendre qu’à lui-même. Une pression digne de celles présentes dans les années les plus sombres de la Russie, et qui nous ramènent au fait que de nombreux étudiants sont approchés par le FSB dans le but avoué d’espionner leurs camarades suivant des critères particuliers. Comment de ce fait justifier le statut de démocratie ? Lorsque le peuple subit un altération de sa liberté de choix, la mise en place d’une atmosphère de délation et de malaise, de quelle manière peut-il encore se sentir libre de diriger sa propre existence et de se sentir lui-même dans une société où sa place se définit automatiquement de manière de plus en plus serrée, stricte, et stérile. La démocratie naît lorsque la personne même se sent capable de ressentir une capacité de gestion de la société lui permettant de se définir par le filtre du groupe, qu’elle est capable de comprendre et d’apprécier une situation mettant en jeu sa construction. Le danger vient de l’assombrissement conscient afin d’éviter les prises de conscience. C’est un peu ce qui se passe pour le moment en Russie. Espérons que ces manifestations clarifient un sujet, lui aussi tentaculaire et voilé.

"Allez, je suis fou, aujourd'hui tout est payant !"
La morale est elle politique ?
"… Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute inspiration de l'homme… " préambule des droits de l'homme.
" 56 % de la population mondiale vit actuellement dans la pauvreté : 1,2 milliard de personnes vivent avec moins de 1.05 euros par jour et 2,8 milliards d'autres vivent avec 2.1 euros par jour ". Tels sont les chiffres alarmants récemment publiés par la Banque Mondiale dans son enquête menée sur une période de 10 ans.La mondialisation financière comme celle de la production ont accru les déséquilibres tant entre pays riches et pauvres qu'à l'intérieur des pays mêmes : le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) le rappelait dans son rapport de l'année dernière : les 1,3 milliard d'habitants des pays les plus pauvres sont 86 fois moins riches que les Nord Américains. Ce rapport était de 22 il y a 20 ans. " extrait du site du commerce équitable.
Un regard ahuri, dimanche, devant la nouvelle publicité du journal l'humanité, que je vois dans l'émission "arrêt sur image". Celui qui écrit ces lignes n'est pas un lecteur de l'humanité, à vrai dire, mon sentiment par rapport aux effets pervers de la mondialisation relève bien plus d'un jugement moral que d'un procès économique. On peut critiquer cette position, arguant qu'il est facile de pointer les défauts d'un système donné sans pour autant disposer d'une compréhension exhaustive de ses rouages. Pourtant, en dépit de cela, il me semble légitime de mettre en avant le droit d'émettre un jugement purement moral, philosophique, humain, sur des conséquences aussi terribles que les conditions de travail dans les zones industrielles de franchise, ou l'accroissement des inégalités dans le monde. Des constatations comme celles ci dépassent tout clivage politique, tout commentaire économique, pour se retrouver sur le territoire intime et universel de l'humain, de sa conscience. Une personne sur deux vit avec 2 dollars ou moins par jour. Qui pourrait bien rester insensible face à tel chiffre ? quelle politique, quel courant de pensée pourrait s'approprier ce fait ?
Sur l'écran défile des images de fermetures d'usines, d'enfants qui travaillent, des regards perdus d'ouvriers, et tout cela est accompagné d'une musique où de braves gaillards chantent joyeusement " merci patron ! ". Le tout donne un clip publicitaire au ton mordant, profondément sarcastique qui fait réagir le spectateur. Ce truc du décalage sarcastique, la juxtaposition dans un même plan des promesses de la société de consommation et le revers de la médaille, n'est pas nouveau ; il fait parti depuis bien longtemps des outils récurrents de la " résistance culturelle " qui dénonce l'hypocrisie de l'économie de marché. Ce " merci patron " ne parle pas du patron de l'usine du coin ou de notre supérieur hiérarchique, il semble plutôt s'adresser à l'orientation générale de l'économie mondiale, qui ne cesse de promettre de meilleurs conditions de vies, et qui creuse pourtant de plus en plus les inégalités.
Le libre échange (jetez un oeil à cet article du monde diplomatique) ne tient pas ses promesses, compter sur la seule croissance pour résoudre le chômage rend désormais sceptique ; écologiquement, le bilan s'avère catastrophique, et les scandales liés aux conditions de fabrication des produits ont probablement entamé le capital confiance des consommateurs vis à vis des marques. Il en va sans doute de même pour leur lien de confiance avec leur employeur, puisque le travail temporaire ce systématise, et que les garanties d'un emploi durable sont de plus en plus minces. Enfin, la confiance entre le citoyen et son propre pays semble aussi avoir souffert, l'ensemble des individualités n'ont pas l'impression de participer à un projet global, elles ont même plutôt l'impression d'être terriblement coupées de ceux qui ont le pouvoir d'influer le monde d'aujourd'hui et de demain , d'être impuissants face aux transformations rapides de nos sociétés.
J'ai acheté une télévision il y a quelques années qui, au dire du vendeur, a été fabriqué par des coréens payés une misère; parmi mes vêtements, beaucoup sont fabriqués dans des pays pauvres, dans mon frigidaire, le lait de beaucoup de mes yaourts, fromages, ou tout simplement celui que je bois le matin, provient peut être d'animaux nourris aux OGMs. En vérité, quand je consomme, je n'ai pas l'impression de participer à l'accroissement du bien être national ou mondial, j'ai plutôt l'impression de nourrir et d'entretenir cette machine qui accroît les dégâts écologiques, entretient l'exploitation des travailleurs des pays pauvres et les sweatshops, contribue au gaspillages des ressources naturelles non renouvelables, entretient les inégalités… Voilà ce à quoi ce " merci patron " me semble faire écho (un merci pour tous les "avec la croissance, tout ira mieux, le libre échange va rétablir à moyen terme un équilibre de l'économie, – pas de panique, les déséquilibres et les crises ne sont qu'un passage nécessaire et temporaire " ). Cette publicité pose sur le monde un regard désenchanté, orphelin de ses illusions, elle cristallise un sentiment dont la portée n'est pas nationale mais participe plutôt à la construction d'une " citoyenneté mondiale ".
11 février 2005
Le social c’est un peu comme un livre sur la pousse des concombres en Lozère
Dans la planification électoraliste et à détermination économique de la gestion immobilière sous couvert d'une action sociale éminente, le gouvernement français des années 70 s'était visiblement axé sur une politique du logement disposant d'atours charmeurs et modernes. Suite à la période faste de l'après guerre et de l'innocence opulente du début des années 60, la France doit faire face à une crise du nombre d'habitations disponibles, découlant directement de l'intégration des enfants du baby-boom, et du développement des issues professionnelles urbaines. Devant une telle affluence et une demande sans cesse plus imposantes, les instances politiques décident de mettre en œuvre un gigantesque plan d'aménagement de terrains viables, dans le but d'y ériger des complexes d'habitation suffisamment classieux pour y attirer les jeunes cadres et les classes moyennes désireuses de disposer d'un appartement en dehors de Paris même (qui servira ici d'exemple), ou tout simplement dans l'objectif de se rapprocher de leur activité rémunérée quotidienne, de plus en plus située hors de l'agglomération. Surchargée de travail et de projet divers, notre beau pas, rechignant à dilapider ses maigres économies se décida à embaucher de la main d'œuvre étrangère, venant dans sa plus grande partie des pays du Maghreb, ou de colonies pas encore tout à fait libérées. Bercées par les promesses et la vision idyllique et viciée d'un pays occidentalisés, mettant en avant les droits de l'homme et disposant d'une économie et d'une liberté permettant de se construire une nouvelle et agréable vie, de nombreuses personnes décidèrent alors de tenter ce voyage onirique, coupant des liens fort avec une culture et une terre leur étant plus que chère, et remettant souvent en cause l'avenir de leur famille même devant les certitudes fabriquées par leur contrée cible. Se révélant bien moins coûteuse et surtout plus dure à la tâche, plus « courageuse » comme disaient les entrepreneurs de l'époque cette main d'œuvre participa donc dans une majeure part de la mise en place d'une urbanisation rapide et intransigeante de la banlieue.
Mal logés, souvent réduits à dormir sur les chantiers, les ouvriers, construisant des logements alors qu'eux-mêmes en étaient quasiment privés, subissaient également une dégradation de leur propre image à travers cette précarité, le racisme latent, et surtout, pour la plupart, la séparation d'avec une famille qu'ils ne voyaient plus depuis leur séjour prolongé en France. Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la république entama de ce fait un procédé nommé tout prosaïquement « Le Regroupement Familial » et enrobé d'une préoccupation sociale qui se révéla totalement surfaite. Pourtant, dans ses fondements, et dans ses applications premières, cette possibilité réservée aux travailleurs étrangers semblait d'une part corriger l'une de leur plus imposante déconvenue, responsable d'un manque certain d'espoir et d'une scission émotionnelle, et d'autre part permettait d'entrevoir des déclinaisons pouvant aboutir à un processus d'intégration et surtout de reconnaissance du statut encore flou des étrangers, qui éviterait par là même d'employer ce terme pour des individus vivant en France depuis plusieurs années. Mais comme la notion même d'intégration semble poser problème et sonner relativement bas aux oreilles des milieux politiques depuis pratiquement un siècle, le résultat de ces mains mollement tendues apparu soudainement dans sa triste réalité. Certes, les pouvoirs publiques ont effectivement tenu parole et ont favorisé la venue des différentes familles des travailleurs immigrés en facilitant les impératifs administratifs, mais ont feint à partir de ce moment là une ignorance coupable. En effet, alors que les besoins premiers (nourriture, « logement ») des arrivants commençaient tout juste à se stabiliser, leur besoin d'accès à une aide à la compréhension du pays, dans le simple but de pouvoir y évoluer en toute quiétude, se démarqua par son absence.
Effectivement, et cela ne sous-entend nullement une quelconque forme d'obligation forcenée, une possibilité d'éducation, d'accès à des mises à niveau dans la langue du pays d'accueil, et même clairement une ouverture sur les particularités d'une terre inconnue auraient grandement mérité d'être proposées à ces familles coupées de leurs racines, et totalement noyées dans le flot de non-dits culturels et de spécificités nationales. Mais au lieu de cela, l'insuffisance fit loi, et couplée au phénomène de « ruée pavillonnaire » aboutit à un repli sur elle-même d'une communauté isolée et dans un besoin matériel conséquent. Mais avant de poursuivre, une explication s'impose quant à ce que j'appelle la « ruée pavillonnaire ». En fait, vers le milieu des années 70, et toujours devant la pression de l'immobilier, l'état français a lancé une gigantesque entreprise de séduction visant à promouvoir l'émergence de pavillons, mis en place dans les espaces « libres » des banlieues, loin des immeubles où les habitants commencent à s'entasser et à découvrir des appartements un peu trop exigus, et loin des attentes d'une vie « conforme » aux attentes véhiculées par la société. De ce fait, les propositions alléchantes soumises par les pouvoirs publics sûrement en accord avec des entreprises visiblement intéressées, charment en grand nombre les classes moyennes qui vont s'endetter de manière quasi-irréversible, pour obtenir cette sorte de compensation qui n'aboutira en fin de compte qu'à créer une scission au sein même des cités d'habitation. En effet, les personnes laissées en arrière se sentent isolées, ignorées, hors des limitations pourtant larges permettant d'accéder à cette vie différente hors des immeubles. S'opère alors un repli sur soi concernant en majorité les travailleurs immigrés évidemment, faisant déjà face à des difficultés de logement et à une absence d'alphabétisation.
Au fil des générations, et voyant le statut de leurs parents et grand-parents, les jeunes, plongés dans des questionnements de statut et d'inégalités face à l'emploi, souffrent alors d'un manque d'existence et de considération, d'une crainte d'une société extérieure ne désirant pas de leur personne. Un phénomène de ghettoisation prend alors forme, dont découle l'émergence de bandes, simples regroupements d'individus désirant demeurer au sein d'une certitude, d'une sûreté, afin de ne pas ressentir une angoisse semblable à l'épée de Damoclès. S'ensuit logiquement une crainte et une déception grandissante devant la lâcheté et l'absence d'un extérieur attirant mais à l'inaccessibilité traumatisante. Un cercle vicieux s'impose donc dans la mesure où les institutions politiques, méconnaissant le problème et bardées d'idées préconçues ne se lancent pas sur un terrain qu'elles estiment miné et surtout ne répondant pas à leurs injonctions maladroites et parfois malvenues. Chacun se retire donc de son côté, et les seuls retours de la politique dans les quartiers en difficulté se fait donc par le biais de volontés électoralistes, donnant aussi une impression circulaire dans l'enfoncement au sein d'erreurs maintes et maintes fois commises. Les élus circulent très accompagnés dans ces cités en difficultés, discutant avec les personnes s'occupant de toutes leur force et au mépris de leur vie personnelle de la gestion de leur morceau de coexistence, faisant tout bêtement semblant de s'intéresser. Au moindre reproche, à la moindre question dont ils n'ont pas la réponse, leur tactique réitère des effluves de fuites et d'ignorance, s'occupant seulement de savoir s'il ne faudrait pas (véridique) rajouter un rocher au coin d'une pelouse ou d'admirer un arbre « aux feuilles vraiment vertes pour la saison ». Se rapprochant ensuite d'un jeune garçon et lui demandant avec un ton naïf et faussement concerné ce qu'il veut devenir plus tard, ce dernier lui répondra avec conviction « maire ». Le vrai maire visiblement heureux de cette affirmation et le sourire aux lèvres se retire alors doucement, laissant planer dans l'air une sorte de ravissement humoristique, un mot volé au détour d'une situation.
Néanmoins, ce moment de paix se pare d'un cynisme corrosif lorsque cette personnalité élue évoque ce fait : « Vous croyez qu'avec l'éducation qu'il reçoit ici, il pourra arriver à ça ». Cela pourrait être de la compassion, mais le ton laisse présager tout autre chose, un désintérêt coupable et reconnu. Une absence de réaction qui se soldera par une décision d'importance (je précise une nouvelle fois que tout ceci est vrai). Effectivement, persuadé que l 'infrastructure crée le malheur (soit elle y participe mais ce n'est pas le phénomène principal, loin de là, même s'il est vital de créer des interactions et la circulation de la communication pour éviter une certaine entropie sociale), la mairie décide de raser une barre entière d'immeubles sans projet de réaménagement à suivre. Evidemment tous les locataires sont conviés à donner leur avis, mais l'issue ne pourra en aucun cas être modifié. Les élus le savent ce qui se rapproche une nouvelle fois d'un cynisme désobligeant, mais les habitants s'en rendent aussi compte, mais continue à y croire de fatigue et de dépit. Relogés dans des conditions discutables, les anciens propriétaires (et oui propriétaires !) d'appartements des bâtiments détruits ont de ce fait perdu tout l'argent inséré dans leur plan de logement, tandis que les travailleurs étrangers ressentent une nouvelle frustration, une incompréhension de leur volonté profonde. Je voulais simplement en arriver au fait que le phénomène des quartiers en difficulté comme le nomme les médias se révèle bien plus profond et ancien qu'on veut bien nous le faire croire, et que ce n'est pas en le considérant exclusivement par le prisme de l'insécurité, de la délinquance, et d'une tolérance à double visage que nous pourrons arranger cette condition. Je ne souhaite pas donner une leçon, mais bêtement exposer des faits qui permettent peut-être de juger plus posément d'une situation difficile, qui ne pourra être réglée dans le conflit. Mais les médias, le journal télévisé en priorité, nous l'apprennent autrement. Dommage.
Pour plus d'informations : http://info.france2.fr/emissions/209728-fr.php ou/et http://www.gisti.org/droit/textes/regroupement/

"Mince, je vais arriver en retard pour la démolition !"
09 février 2005
Comment faire pour vendre du bonheur ?
Dans la lutte intestine de TF1 en particulier et des médias en général cherchant sereinement à parachever une logique mercantile, un nouvel aspect s'est découvert sous la forme, déjà entamée par le journal de 13 heures de la première chaîne française, du retour aux traditions, et de l'époque bénie où « tout allait bien ». Bien entendu cette expression pleinement fallacieuse et peu justifiée au niveau international, représente une sorte de paradis perdu, de parenthèse onirique augurant une chute irrémédiable. Le plus amusant, si l'on peut dire, est, qu'au niveau médiatique, ce sont ceux qui accusent qui demeurent les vecteurs de cette pseudo dépréciation générale paradoxalement ciblée. Donc, par le biais d'une émission sobrement nommée « C'était mieux avant » ou une vérité assénée correspondant à peu près à ceci, les financiers/producteurs de TF1 ont décidé d'un commun accord d'effectuer un comparatif subtil entre certaines caractéristiques d'aujourd'hui et d'autres du passé. Curieux divertissement, programme simple et amusant pourrait-on se dire, si seulement ses bases ne faisaient pas appel à une logique relativement contestable. En effet, une telle diffusion de prime abord innocente cache en son sein un raisonnement double aboutissant à une même finalité, donnant l'illusion d'un choix conscient. Pour résumer, une question aux allures de «Etait-ce davantage sympathique hier ? » fait écho à deux réponses, une positive, et une négative. N'espérons pas de mesure, ni d'argumentation. On se retrouve par conséquent deux pistes à décortiquer.
La première s'apparente à une déclinaison partant du principe qu'effectivement le temps passé était plus vivable, plus amusant, bref moins tragique (à défaut des guerres quasi mensuelles qui s'évanouissent un tant soit peu rapidement des esprits) et que l'on avait accès à un bonheur aisé et un bien-être conséquent. Ne pouvant plus avoir accès à cette époque et étant désespérément coincé dans ces temps de monotonie, que faire ? Et bien tout simplement revenir virtuellement dans ce passéisme actif en consommant des produits « de notre enfance », de « vraie tradition », et « sans adjonctions ». En résumé, les produits à la mode en ce moment. D'où la présence peu naïve de publicités vantant de tels biens pendant les « entractes » de l'émission en question.
La seconde quant à elle, plus positive et optimiste, enjoint à profiter du moment présent, de se sentir fier de bénéficier d'évolutions majeures, et de découvrir la joie immédiate d'un monde à portée de main. Pris dans ce tourbillon festif, l'aboutissement possède des faux airs de consommation en hausse, motivée par toutes les voies et les disponibilités entrevues parle biais d'une modification dont on avait peut-être pas saisi l 'ensemble des ramifications. Mettre en exergue de l'inutile, et démontrer des mœurs changeantes dans le but non avoué de transformer les besoins des ménages en arguant dans le sens de certaines niches commerciales étant maintenant dévolues au sexe opposé grâce à cette nouvelle société. Maintenant les hommes font la vaisselle, ce qui implique logiquement que les éponges « pour femme » (concept totalement inventé) ne conviennent pas à leurs mains plus imposantes. TF1 se fait donc le complice d'un retournement de situation de la mise en place d'un marché berçant les acheteurs d'illusions afin de retrouver une certaine forme. Faire passer une prise de conscience pour une révolution, sous entendant une radicale non conformité totale des structures présentes. Tels un VRP en cuirasse muni d'une hallebarde, les spots de pub se succèdent alors, comme dit précédemment, au gré du divertissement. Bien entendu les traces d'assurances ou d'un minimum d'inventivité s'estompent, laissant une place chaude pour l'efficacité aux relents de matraquage. De ce fait, les deux voies choisies aboutissent au même constat, l'achat, non pas compulsif, mais suggéré habilement. Le public ne peut s'en sortir qu'en ayant un minimum de recul. Mais celui-ci n'aurait-il déjà pas du le ressentir lors du choix du programme télévisée ? Décidément, le mercredi soir sur TF1 est bien triste, ne laissant pas une marge de manœuvre suffisante dans le choix d'une émission occupant l'antenne depuis plus d'une semaine à intervalle régulier grâce à l'auto-promotion. Reste maintenant à savoir combien les diffuseurs ont été sommés de payer leurs 30 secondes salvatrices ? Cela est une autre histoire, dans un semblable livre de conte un peu trop mielleux.

Un couple uni se demandant quoi acheter pour manger en regardant des publicités sur la nourriture






