"… Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute inspiration de l'homme… " préambule des droits de l'homme.

" 56 % de la population mondiale vit actuellement dans la pauvreté : 1,2 milliard de personnes vivent avec moins de 1.05 euros par jour et 2,8 milliards d'autres vivent avec 2.1 euros par jour ". Tels sont les chiffres alarmants récemment publiés par la Banque Mondiale dans son enquête menée sur une période de 10 ans.La mondialisation financière comme celle de la production ont accru les déséquilibres tant entre pays riches et pauvres qu'à l'intérieur des pays mêmes : le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) le rappelait dans son rapport de l'année dernière : les 1,3 milliard d'habitants des pays les plus pauvres sont 86 fois moins riches que les Nord Américains. Ce rapport était de 22 il y a 20 ans. " extrait du site du commerce équitable.

Un regard ahuri, dimanche, devant la nouvelle publicité du journal l'humanité, que je vois dans l'émission "arrêt sur image". Celui qui écrit ces lignes n'est pas un lecteur de l'humanité, à vrai dire, mon sentiment par rapport aux effets pervers de la mondialisation relève bien plus d'un jugement moral que d'un procès économique. On peut critiquer cette position, arguant qu'il est facile de pointer les défauts d'un système donné sans pour autant disposer d'une compréhension exhaustive de ses rouages. Pourtant, en dépit de cela, il me semble légitime de mettre en avant le droit d'émettre un jugement purement moral, philosophique, humain, sur des conséquences aussi terribles que les conditions de travail dans les zones industrielles de franchise, ou l'accroissement des inégalités dans le monde. Des constatations comme celles ci dépassent tout clivage politique, tout commentaire économique, pour se retrouver sur le territoire intime et universel de l'humain, de sa conscience. Une personne sur deux vit avec 2 dollars ou moins par jour. Qui pourrait bien rester insensible face à tel chiffre ? quelle politique, quel courant de pensée pourrait s'approprier ce fait ?

Sur l'écran défile des images de fermetures d'usines, d'enfants qui travaillent, des regards perdus d'ouvriers, et tout cela est accompagné d'une musique où de braves gaillards chantent joyeusement " merci patron ! ". Le tout donne un clip publicitaire au ton mordant, profondément sarcastique qui fait réagir le spectateur. Ce truc du décalage sarcastique, la juxtaposition dans un même plan des promesses de la société de consommation et le revers de la médaille, n'est pas nouveau ; il fait parti depuis bien longtemps des outils récurrents de la " résistance culturelle " qui dénonce l'hypocrisie de l'économie de marché.  Ce " merci patron " ne parle pas du patron de l'usine du coin ou de notre supérieur hiérarchique, il semble plutôt s'adresser à l'orientation générale de l'économie mondiale, qui ne cesse de promettre de meilleurs conditions de vies, et qui creuse pourtant de plus en plus les inégalités.

Le libre échange (jetez un oeil à cet article du monde diplomatique) ne tient pas ses promesses, compter sur la seule croissance pour résoudre le chômage rend désormais sceptique ; écologiquement, le bilan s'avère catastrophique, et les scandales liés aux conditions de fabrication des produits ont probablement entamé le capital confiance des consommateurs vis à vis des marques. Il en va sans doute de même pour leur lien de confiance avec leur employeur, puisque le travail temporaire ce systématise, et que les garanties d'un emploi durable sont de plus en plus minces. Enfin, la confiance entre le citoyen et son propre pays semble aussi avoir souffert, l'ensemble des individualités n'ont pas l'impression de participer à un projet global, elles ont même plutôt l'impression d'être terriblement coupées de ceux qui ont le pouvoir d'influer le monde d'aujourd'hui et de demain , d'être impuissants face aux transformations rapides de nos sociétés.

J'ai acheté une télévision il y a quelques années qui, au dire du vendeur, a été fabriqué par des coréens payés une misère; parmi mes vêtements, beaucoup sont fabriqués dans des pays pauvres, dans mon frigidaire, le lait de beaucoup de mes yaourts, fromages, ou tout simplement celui que je bois le matin, provient peut être d'animaux nourris aux OGMs. En vérité, quand je consomme, je n'ai pas l'impression de participer à l'accroissement du bien être national ou mondial, j'ai plutôt l'impression de nourrir et d'entretenir cette machine qui accroît les dégâts écologiques, entretient l'exploitation des travailleurs des pays pauvres et les sweatshops, contribue au gaspillages des ressources naturelles non renouvelables, entretient les inégalités… Voilà ce à quoi ce " merci patron " me semble faire écho (un merci pour tous les "avec la croissance, tout ira mieux, le libre échange va rétablir à moyen terme un équilibre de l'économie, – pas de panique, les déséquilibres et les crises ne sont qu'un passage nécessaire et temporaire " ). Cette publicité pose sur le monde un regard désenchanté, orphelin de ses illusions, elle cristallise un sentiment dont la portée n'est pas nationale mais participe plutôt à la construction d'une " citoyenneté mondiale ".