La morale, c'est à la fois le mot qui annonce un débat très chiant, et à la fois ce qui est malheureusement indispensable à tout raisonnement et à toute idéologie. Les droits sont l'ombre de cette morale idéale et absolue, en un mot transcendante, que l'homme essaie d'épouser au mieux.

Savoir si la morale est relative ou bien doit être considéré comme absolue (et donc universelle) est un vaste débat qui promet de belles migraines. Si on se penche attentivement sur Henri Laborit et la biologie du cerveau, (cf le circuit de récompense) il semblerait que nous agissions toujours d'une manière ou d'une autre par " envie ", ou désir, nous guidant vers la constante recherche de " gratification " personnelle. Cette gratification peut se manifester par des actes divers et variés tel que manger un cake au olive ou refuser une importante proposition d'argent par intégrité morale.

J'ai écrit agir par " envie " et non agir par " égoïsme ", ce dernier mot est pourtant plus parlant. néanmoins il a une tendance certaine à crisper les gens; voire à les braquer complètement ce qui ne fait avancer personne.

De plus, si l'on suit le raisonnement de Laborit, le mot égoïsme ne correspond pas tout à fait à la réalité des choses. Ce mot a-t-il encore du sens si on considère que Laborit tient l'altruisme pour une invention sans fondement, un joli discours logique qui ne fait que masquer de viles motivations narcissiques?

Le hic, c'est que l'altruisme, le don de soi, l'abnégation, sont à compter parmi les plus belles valeurs humaines. On ne peut pas balayer d'un revers de main ces valeurs éternelles absolues et transcendantes, juste comme ça, sur un coup de tête, sous prétexte d'avoir lu un ouvrage de ce vieux briscard de Laborit (et d'avoir voulu maladroitement se rattraper en lisant du Nietzsche en prime).

Mais si nous essayons réellement d'adopter un instant cette théorie de " l'égoïsme " , on constate sa consternante cohérence, et on observe abasourdi qu'elle constitue une grille de lecture étonnamment efficace dans l'analyse des rapports humains.

Si ce n'est que cela soulève de lourdes questions, qui vous plongent dans des abîmes métaphysiques, et accroît votre consommation quotidienne de cigarettes. Que devient la morale dans cette histoire? si nous agissons dans le but de nous gratifier et d'activer la zone de récompense de notre cerveau, où est la place du Bien et du Mal ? Nous n'agissons plus en vertu d'une morale supérieure, mais à cause d'un processus biologique sur lequel nous n'avons aucune prise. Voilà que le Bien et le Mal semblent avoir gardé les cochons ensemble, car ils ne seraient que deux chemins différents conduisant au même but: la gratification narcissique.

Mais alors si tout est une question de gratification, comment expliquer cette obéissance à une sorte de code morale que nous nous imposons tous, et qui semble parfois s'opposer clairement avec la gratification personnelle? Nous avons tous pris un jour une décision d'ordre moral qui nous a fait renoncer à quelque chose que nous désirions pourtant ardemment. Comment pourrions nous dire alors avoir agit uniquement dans le but de nous gratifier puisque nous en tirons plutôt de la peine? Sauf si nous considérons le fait d'appliquer nos principes moraux comme une gratification en soi, qui permet également en prime d'éviter notre mauvaise conscience, aussi désagréable et irritante que la mouche du coche.

Dans ce cas, d'où provient ce schéma moral, comment en avons nous fixé les règles ? On pourrait répondre que notre grille de lecture morale n'est peut-être qu'une conséquence directe de nos déterminismes socio-culturels. Diantre, nous venons de voir osciller les fondations de la morale, nous faudra-t-il également tolérer de voir s'effondrer par la même occasion notre liberté? cela fait beaucoup, et on commence à se dire que il y a des jours où il vaudrait mieux rester couché que de lire cette vieille branche de Niesztche.

Pourtant il y a cette voix au fond de nous, qui ne peut s'empêcher de chantonner l'absolu, la morale, les valeurs transcendantes. Cette sirène toute pétrie de la bonne volonté de nos philosophes grecs favoris serait elle complètement dans l'erreur? Serions nous purement esclave d'un schéma moral découlant de notre éducation, de nos déterminismes socio-culturels, et n'appliquerions nous cette morale que pour éviter la mauvaise conscience de ne pas s'y conformer?

L'homme serait il incapable de faire fi de sa structure biologique? La conscience n'est elle pas capable de se sortir un peu les doigts du cul pour permettre à l'homme de se diriger à tâtons vers une sorte d'absolu moral ? Est il si difficile de bien réussir une quiche à la banane ?

Mitch s'interroge sur l'absolu dans la morale kantienne.